Mercredi 18 juin 2014 à 21:55

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 " Il y a tout de même un avantage non négligeable à cette faillite : Je n'aurai plus à me préoccuper d'une actualité littéraire débile, des livres dont on parle. Je peux désormais me foutre de savoir si Anémie a un nouveau chapeau, si Christine angoisse toujours, si Muzeau est encore Placide, si Marc lévite dans les salons, Si Béchamel a changé de décolleté, et si Michel a regonflé ses particules, si le Goncourt est - comme d'habitude - de circonstance, si le prix de l'Académie n'est pas donné à un croûton (merci Desproges), si le Renaudot est bien tourné, et si le Médicis est conseillé pour les Catherine.

Ouf. Quel repos ! Quel bonheur !

Je peux enfin recommencer à lire juste ce qui m'attire." 

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Lorsque l'on se plonge dans Dernier chapitre, on sourit de certaines anecdotes, on s'attendrit devant les clients sympathiques, inoubliables, on peste un peu à l'évocation des personnes qui ont le dont de gâcher une journée de libraire. Dernier chapitre est un livre intimiste, qui donne la sensation de passer une soirée au coin du feu avec Gérard Lambert-Ullmann nous racontant son métier, sa librairie, ses années de bonheur, de galères, les déceptions et les petites joies de chaque jour.
 C'est un livre où les lecteurs peuvent se retrouver, passer un instant de l'autre côté, de voir comment ça fait, d'être libraire. Et pour les gens comme moi, Dernier chapitre est un texte qui remet en question mon travail, qui interroge, qui remet en marche la petite mécanique professionnelle où les grains de sable viennent régulièrement trouver un abri. 

Jeune libraire, j'exerce ce métier depuis maintenant trois ans. Trois années de découvertes, de désillusions parfois, d'efforts, de travail, de grandes joies aussi. Trois années à lire, à prendre des notes, à essayer de dessiner dans ma mémoire l'organigramme des auteurs-éditeurs-distributeurs-libraires-courants littéraires. C'est un travail quotidien, une curiosité à entretenir de peur qu'elle ne s'émousse au fil du temps, un emploi du temps à organiser de manière assez rigoureuse. Pas question de se plaindre, je l'ai choisi, j'aime ce que je fais, je sais pourquoi je le fais et pourquoi je suis là. Mais c'est à la lecture de livres comme celui-ci que mes interrogations se font plus présentes. 

Suis-je une bonne libraire ? Je n'en ai aucune idée. Ce que je sais, c'est qu'à chaque fois qu'un client s'approche de moi pour me demander un conseil, je n'ai pas envie de le décevoir. Il y a une certaine responsabilité dans le fait d'être prescripteur. Celui qui entre dans une librairie sans idée précise de ce qu'il veut et attend du libraire une idée, un choix, une décision, fait peser sur les épaules de celui-ci une charge importante. Conseiller un livre, c'est prendre du plaisir, le plaisir de parler de ce que l'on a aimé, de ce que l'on a envie de faire découvrir à l'autre, mais c'est aussi faire de son mieux pour conseiller quelque chose qui conviendra au lecteur, c'est lui donner envie de revenir, de faire partager autour de lui une belle découverte. Conseille-t-on le bon livre ? N'est-on pas en train de se faire plus plaisir à soi que de coller aux exigences de la personne qui nous écoute ? A-t-on assez lu, afin de dénicher parmi toutes ces histoires celle qui provoquera de l'émotion, du rire, de la curiosité ? 

Ces questions ne sont pas anodines. On ne va pas acheter un livre comme on ferait ses courses, on lit pour s'évader, pour découvrir, pour s'émouvoir, pour frémir, pour trouver dans les mots de quelqu'un d'autre un petit quelque chose qui entre en résonance avec notre état d'esprit. N'êtes-vous jamais tombé sur un libraire qui vous a conseillé le bon livre, au bon moment ? Ce sont ces souvenirs de lecteurs que j'aimerais susciter, cette envie de revenir, en confiance, redemander conseil avec l'intime conviction que les risques de déception sont minces. N'est-ce pas l'envie de tout libraire ? Ce sont ces questionnements que le livre de Gérard Lambert-Ullmann ont suscités en moi. Je ne sais pas si je suis une bonne libraire ou si je le serai un jour, tout ce que je sais, c'est que chaque lecteur qui prend la peine de demander un conseil est important, et que pour chacun, j'aimerais trouver le bon livre. 

Gérard Lambert-Ullmann. Dernier chapitre. Joca Seria,  2014. 102p. 





Par Mokamilla le Jeudi 19 juin 2014 à 19:52
Alors je te souhaite de belles lectures que tu choisiras avec plaisir !
Par DoloresH le Vendredi 20 juin 2014 à 8:17
Merci @Mokamilla !
 

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