Lundi 4 mai 2015 à 23:33

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«  Je ne suis plus la fille que j’étais. Je ne suis plus désirable, je suis repoussante, il faut croire. Ce n’est pas seulement que j’ai pris du poids ou que mon visage est bouffi par l’alcool et le manque de sommeil ; c’est comme si les gens pouvaient lire sur moi les ravages de la vie, ils le décèlent sur mon visage, à la manière dont je me tiens, dont je me déplace.

Un soir, la semaine dernière, je suis sortie de ma chambre pour aller me chercher un verre d’eau et j’ai entendu Cathy parler à Damien, son petit ami, dans le salon. Je me suis arrêtée dans le couloir pour écouter.

-C’est la solitude, disait Cathy, je m’inquiète beaucoup pour elle. Et ça n’aide pas, de rester seule tout le temps. » 

http://www.etenplusellelit.fr/images/HawkinsTrainExe.jpgTous les jours, Rachel prend le train qui lui fait quitter sa triste banlieue pour la trépidante vie londonienne. Le matin et le soir, elle occupe le même siège et se plaît à observer les mille détails qu'elle connaît par coeur. Chaque minute du trajet est sans surprise, surtout l'arrêt devant la maison de Jason et Jess. Elle sait qu'ils ne s'appellent sûrement pas comme ça, mais c'est ainsi qu'elle a rebaptisé le couple qui vit dans la maison qu'elle contemple tous les matins. Elle devient le témoin de leur amour, de leur petite vie parfaite, épanouie, heureuse. Alors le jour où Rachel voit Jess embrasser un autre homme dans le jardin, elle ne comprend pas. Et tout se complique lorsque la photo de Jess apparaît dans le journal du lendemain. Jess s'appelle en réalité Megan Hipwell, et elle a disparu. Attirée au-delà de toute raison par cette affaire, Rachel se jette à corps perdu dans une quête de la vérité qui va vite tourner à l'obsession et faire resurgir son propre passé.

Il faut quelques lignes seulement pour être pris par l'ambiance si particulière de La fille du train. On ne peut pas dire que l'on s'attache facilement à Rachel, non. La jeune femme est en train de sombrer, patauge au fond de sa misère sociale et psychologique et n'essaye pas vraiment de s'en sortir. Incapable de se remettre d'une rupture qui a eu lieu quelques années plus tôt, elle se noie dans l'alcool, harcèle son ex-mari, se met dans des situations extrêmement gênantes qui mettront plus d'un lecteur mal à l'aise. Et pourtant, il est impossible de la détester. On a envie de lui tendre la main, de l'aider à se relever et de l'accompagner dans cette enquête où personne ne la croit, parce qu'elle boit, parce qu'elle n'est pas un témoin fiable.

Mêlant les récits de Rachel, de Megan/Jess ainsi que d'Anna (la nouvelle femme de l'ex de Rachel), l'auteur nous présente un puzzle dont il faut remettre en ordre les morceaux. Les récits sont espacés de plusieurs mois, ils présentent certains événements communs sous des éclairages différents, glissent des bribes d'information sur le passé des personnages, peignant petit à petit la fresque de cette disparition, faisant éclater le vernis d'un couple qui paraissait trop parfait pour être vrai. On vacille avec Rachel, on marche sur la frontière d'une certaine forme de folie, on se fait mener en bateau, avec toujours l'envie de savoir ce qui s'est réellement passé. 

Je ne cache pas que La fille du train est un roman déconcertant, qui peut faire ressentir des sentiments assez violents. . Malaise, gêne, honte du personnage principal, doute, paranoïa... Sous l'apparence banale d'une disparition quasi-ordinaire, Paula Hawkins soulève le tapis sous lequel est caché ce qui dérange, elle nous parle également de la réaction parfois violente des gens face à des événements traumatiques, la manière dont l'inconscient peut réécrire nos souvenirs. C'est un roman à ne pas manquer, à dévorer, à conseiller. 

Paula Hawkins. La fille du train. Sonatine, 2015.
 379p. 

Vendredi 24 avril 2015 à 9:16

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 " Jo se secoue. Reçoit de plein fouet la décharge d'adrénaline qu'un sursaut de conscience lui injecte en plein coeur. C'est le moment d'y aller. Profiter du regain d'énergie provoqué par la peur. Exploiter la force organique que son corps anémié trouve encore le moyen de produire. D'un geste mécanique, Jo vérifie la position de sa cagoule sur la tête, cale ses lunettes sur son nez et s'empare de son flingue.
Puis, à larges pas survoltés, il rejoint la porte du magasin.
L'ouvre à pleine volée.
Bondit à l'intérieur du bâtiment et hurle :
- Tous à terre ! le premier qui bouge, je le bute ! " 

http://www.etenplusellelit.fr/images/couv65969985.pngTout peut déraper en un instant. Chaque catastrophe n'est que l'agglomérat des petites décisions banales d'une multitude de gens. Ce jour-là à la supérette de la rue des Termes, c'est la faute de Jo qui, arme à la main et besoin de drogue qui lui vrille le bide, se rue à l'intérieur pour prendre en otage un groupe de clients. Chacun parmi eux a une histoire, une situation familiale, une bonne raison de ne pas être là. Il y a Léa Fronsac, qui a filé acheter des couches pendant que son petit garçon regarde un dessin animé à la maison.  Il y a une mère qui s'est disputé à mort avec son adolescent et qui a laissé celui-ci, boudeur, dans la voiture. Il y a un couple adultère sortant de l'hôtel et venant faire le ravitaillement de l'entreprise pour laquelle ils travaillent. Il y a le caissier, qui ne devait pas travailler ce jour-là, et qui, portable en main, attend désespérément de savoir s'il va devenir papa ou non. Il y a toutes ces vies qui vont peut-être se briser en un instant, qui vont éclater, ces gens qui ressortiront peut-être indemnes de tout cela, et d'autres pour qui la supérette de la rue des Termes sera leur dernière sortie. Mais dans toute cette agitation, cette panique, cette peur, il n'est pas certain que Jo soit la personne la plus dangereuse, celle qui ait le moins à perdre. 

Après avoir lu L'Innocence des Bourreaux, vous n'irez plus au supermarché de la même manière. Vous guetterez peut-être un peu fébrilement les gens qui vous entourent, en vous demandant qui est prêt à commettre le pire pour un peu de drogue, qui pourrait, sous son masque de parent modèle de conjoint aimant ou d'employé intègre, décider de refroidir ses congénères pour se protéger soi-même. Dès les premières pages, Barbara Abel happe son lecteur. Il y est d'abord question du preneur d'otages, celui qui met en marche cette mécanique macabre. 

Et à chaque chapitre, on change de point de vue, on déroule le fil de la journée des clients, ce qui les a amené à se trouver là, on aimerait leur crier de faire demi-tour, tant on sent le drame qui se prépare. Et quand le décor est installé, on assiste, impuissant, à ces heures qui s'étirent, dans ce lieu clos, coupé de tout contact avec l'extérieur, aux rebondissements surprenants, aux mouvements de panique, au soulagement, à la peur à nouveau. L'auteur ne nous épargne pas, nous sommes aussi malmenés que les otages, pieds et poings liés. On ne peut qu'être témoin, espérer une issue pas trop dramatique, et Barbara Abel se plaît à nous mener en bateau, éprouvant nos nerfs, nous faisant tourner frénétiquement les pages. 

Ce qui m'a frappé dans ce thriller très bien mené, ce sont les réflexions de fond, les histoires de chacun, les raisons de leurs réactions. L'auteur fouille dans les plaies, va extraire l'essence de l'humain, ce qui le fait agir quand il se sent menacé, la noirceur de ses pensées, ses derniers recours, quand il est acculé au mur. On y trouve de glaçantes réflexions sur la maternité, à travers trois personnages féminins. Je peux vous dire que c'est un roman qui vous passerait presque l'envie d'avoir des enfants ! Il y a aussi les réflexions sur le couple, le sens du devoir, de la faute, sur la lâcheté. Ca fait froid dans le dos mais on continue de tourner les pages, parce que l'auteur nous tient et ne nous lâchera pas avant la fin. A découvrir pour les amateurs de thrillers psychologiques, les gens qui ont envie de se faire peur moins avec la violence des coups qu'avec la violence des pensées, des envies, des névroses, des psychoses...

Barbara Abel. L'innocence des bourreaux. Belfond, à paraître le 7 mai 2015. 329p. 

(Bon par contre, je l'admets, je ne suis pas vraiment fan de la couverture...) 

Vendredi 17 avril 2015 à 9:45

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Depuis longtemps Aslak savait que les étrangers s’intéressaient aux pierres de son pays […] Ils parlaient de pierres, de minerais, de mines. Ils parlaient de richesses. Ils parlaient de progrès. Ils s’attendaient en général à soulever l’enthousiasme des éleveurs sami. Et ils s’étonnaient souvent de ne rencontrer que des visages fermés.
Les étrangers ne comprenaient pas. Là où ils voyaient des mines et ce qu’ils appelaient le progrès, les éleveurs voyaient autre chose. Ils voyaient des routes qui couperaient leurs pâturages, de camions qui effraieraient leurs rennes, des accidents lorsque les animaux devaient traverser les routes."

http://www.etenplusellelit.fr/images/101142378.jpgAu sortir de la nuit polaire, Klemet Nango et Nina Nansen, de la police des rennes, sont amenés à travailler sur un vol de tambour traditionnel sami. Lui est à moitié sami et connait le coin comme sa poche, le caractère des éleveurs et les moindres failles du terrain dans la neige. Elle arrive du sud de la Norvège, décidée à trouver sa place dans ce milieu d'hommes et découvrir une culture qui lui est étrangère. Le vol du tambour ne sera qu'un avertissement. Bientôt, un éleveur, Mattis, est retrouvé mort, les oreilles tranchées, comme les rennes égarés. Querelle d'éleveurs ? Acte politique ? Tueur fou lâché dans la nature ? Klemet et Nina vont devoir se pencher sur le passé de ces hommes, sur les vieux joïks, ces chants traditionnels qui racontent des histoires millénaires, mais aussi sur les intérêts, la cupidité, des hommes d'aujourd'hui, et leur volonté farouche de se tailler la part du lion. 

L'histoire des Samis est loin d'être connue du grand public. Peuple habitué aux conditions de vie extrêmes, vivant de l'élevage des rennes dans un premier temps, avant de se fondre dans la population lapone et de délaisser petit à petit les traditions ancestrales, ils sont gardiens d'une culture riche mais menacée. Olivier Truc leur rend un bel hommage dans ce premier volet des aventures de Klemet et Nina, la police des rennes. Sans jamais tomber dans le pathos ni victimiser les Lapons, il dresse le portrait complexe d'une société en évolution, où les intérêts divergent. D'un côté la tradition des élevages de rennes, avec ce que cela implique de coûts, de respect de la nature, des transhumances et des pâturages à préserver ; de l'autre, la volonté des grands groupes norvégiens d'utiliser la toundra à des fins pétrolifères, gazières ou d'extraction de différents métaux. 

On y parle donc de géologie, de politique, de sociologie, de sexisme, tout ce qui compose la vie quotidienne de ces hommes et femmes plongés quelques mois par an dans une nuit polaire qui met leur moral à rude épreuve. Car le climat est un personnage à part entière de ce roman. La nuit, le froid, la neige, la glace, la luminosité... Ce décor donne au roman une note sombre, que vient éclairer ponctuellement un soleil encore timide pendant quelques minutes, quelques heures. Au fil du récit, la luminosité augmente, donnant l'impression au lecteur d'émerger avec les personnages d'un sommeil agité, encore un peu engourdi par le froid.

Il y aurait beaucoup à dire sur ce roman, sur les personnages, tous importants, tous bien campés, avec leurs failles, leur passé, leurs désirs, leurs peurs et leurs doutes, sur la condition des femmes dans ces milieux ruraux où le machisme a encore de beaux jours devant lui, sur la question de la préservation d'une culture ainsi que la valeur que l'on donne aux traditions, ou même tout simplement sur cette police des rennes, dont le but est de préserver les bonnes relations entre éleveurs, contrôler la bonne marche des troupeaux, des élevages. Il y aurait beaucoup à dire de cette lecture, mais également de la rencontre avec Olivier Truc, à laquelle j'ai eu la chance d'assister, ainsi qu'aux discussions qui ont animé la soirée. Mais je ne veux pas vous en dire trop, pour vous laisser le plaisir de plonger avec Klemet et Nina dans l'obscurité lapone, et celui de découvrir à la fois une culture fascinante, mais également le talent d'un romancier. 

Olivier Truc. Le dernier Lapon. Points, 2013. 571p. 

Dimanche 8 mars 2015 à 22:35

http://www.etenplusellelit.fr/images/22762465495f51a012f0z-copie-2.jpg "- On a beaucoup perdu en abandonnant le polythéisme. Les dieux de la Nature faisaient de très bons juges. Et puis prier un dieu pour chaque occassion de la vie quotidienne, chaque humble préoccupation - une bonne moisson, la naissance d'un héritier, la santé pour sa tribu -, était plus intelligent et utile que l'adulation d'un seul démiurge héritier de la Vérité. Car qui croit la détenir apprécie de l'imposer.
- Le monothéisme ou l'invention de l'intolérance.
- Et puis les dieux de l'Olympe avaient le bon goût d'avoir autant de défauts que de qualités et donc d'être proches des simples mortels...."

http://www.etenplusellelit.fr/images/sylvainlarchangeduchaos.gifLes caves d'un chantier abandonné, un sol de terre battue, une disposition soignée, méticuleuse, un corps. Allongé, les yeux fermés, comme un gisant, la langue coupée, le bras brûlé, puis soigné. A quoi ça rime ? Qui abîme pour réparer ensuite ? Qui se joue de la police, de l'équipe Carat ? Bastien Carat est déjà suffisamment sur les dents, un de ses lieutenants a été mis au vert et il doit accueillir la jeune Franka Kehlmann à sa place. Une fille qui arrive de la Finance, qui n'a jamais mis les pieds sur une scène de crime violent  et qui en plus traîne dans son sillage un jeune frère artiste à la personnalité fantasque et imprévisible. Les frictions ne manquent pas, et le tueur ne se calme pas. Un cadavre en entraîne un autre, toujours avec les mêmes rituels : Une lettre de menaces au style biblique, la langue tranchée, la blessure infligée et parfois soignée. Le tueur se moque, s'amuse, laisse des indices, anticipe les mouvements de la police et ne semble jamais s'arrêter...

Premier roman de Dominique Sylvain dans mes lectures, je découvre avec un plaisir non dissimulé l'équipe du commandant Bastien Carat. Entre les personnalités des uns, le caractère ou le manque de motivation des autres, l'auteur met en scène des personnages très humains, très nuancés. Pas de héros, chacun a ses failles, sa vie, ses envies, ses désirs. Et dans les coulisses de l'enquête, les jeux des rapports de force entre avocats, juges et membres des forces de l'ordre sont un petit théâtre passionnant. 

Le tour de force de l'auteur, c'est de réussir à alimenter son récit d'anecdotes historiques sans donner l'impression à son lecteur d'assister à une conférence. Tout est subtil, imbriqué dans l'enquête, et l'on se retrouve à causer ordalie, torture moyen-âgeuse, punition divine et étude de la Bible sans avoir quitté les locaux de la police. A travers les vies des différents personnages, notamment ceux évoluant en dehors de l'équipe de police, on porte un regard différent sur ces meurtres, on peut voir la beauté dans les yeux du frère de Franka, on peut sentir la délicatesse à travers la femme de Bastien Carat ... Ces touches viennent étoffer le récit et lui donner un rythme. 

Et puis le style de Dominique Sylvain est incroyable. La langue est travaillée, le vocabulaire précis et recherché, les répliques assassines, c'est un très beau texte littéraire au service d'une histoire aux rebondissements inattendus. J'aurai un immense plaisir à découvrir les autres romans policiers de cette auteur dont on m'avait beaucoup parlé mais que je n'avais pas encore pris le temps de découvrir ! 


Dominique Sylvain.
 L'Archange du Chaos. Viviane Hamy, 2015. 330 p. 

Mardi 3 mars 2015 à 18:00

 " La neige se fit bleue et la limite entre ciel et terre s'estompa. Le soleil, dépouillé de sa splendeur et privé de son éclat, végétait désormais dans une misère prolétarienne. Le froid vif buvait toute sa chaude et vivifiante liqueur - désormais seuls le feu de bois, l'amour et trois cents grammes quotidiens d'un pain mêlé de cellulose et d'arêtes de poisson devaient nous défendre contre la mort. Or n'est-ce pas justement quand la mort est sur le seuil, quand elle fait déjà son nid en nous, à l'intérieur, que le désir de vivre s'exalte et que l'on devient capable d'abattre des montagnes, et de ressusciter d'entre les morts ?" 

http://www.etenplusellelit.fr/images/9782253083870T.jpgPetia vit en Sibérie avec sa mère, Beauté, au milieu d'enfants de son âge, au milieu des vieux, des femmes, mais pas trop des hommes. Les hommes sont au Goulag, nous sommes dans les années 40, Staline est au pouvoir et les polonais rebelles sont matés à coups de labeur dans la neige, le froid, à coups de rêves de pain qui ne se réalisent jamais. La mère de Petia est appelée Beauté, tant elle subjugue quiconque la croise, et c'est cette beauté qui parfois empêche la mort de trop s'attarder sur le seuil. Au fil de nouvelles, Petia nous raconte son quotidien, les rencontres marquantes de son enfance, les hommes qui ont servi de modèle, le souvenir d'un père qui ne rentrera sûrement jamais, les petites révoltes, les pieds de nez à l'autorité... Et les rêves, le rêve de devenir marin, le rêve de trouver une Bible, celui d'acquérir le précieux "tricot de marin", possession incontournable de tout jeune homme respectable... 

Pour cette troisième session de Bookworm Correspondance, Demoiselle Coquelicote m'a conseillé de lire ce recueil de nouvelles et je n'ai pas été déçue. Bien qu'il soit certain que les conditions de vie pour les déplacés en Sibérie dans les années 40 étaient désastreuses, et que ces nouvelles ne cachent rien de la rudesse du quotidien, j'ai trouvé ce livre étonnamment lumineux. La mort est omniprésente, on peut être fusillé, condamné, déporté, dénoncé pour mille choses chaque jour, pour un regard, pour un mot, un geste, pour un doute sur l'allégeance à Staline. Malgré cela, Petia vit une enfance où les rires ont aussi leur place, où l'on peut faire les quatre cent coups.

Il est intéressant de voir comment ce village, cette micro-société s'organise. Qui sont les parias, qui sont ceux qui détiennent le pouvoir. Certains ont un grade et des armes, mais peuvent baisser les yeux devant la beauté d'une femme. Je ne sais pas vraiment comment décrire ce roman, mais, au risque de faire une lapalissade, je l'ai trouvé très russe. Il y a une exaltation des grands sentiments, le désespoir et le chagrin, le sens de l'honneur, le froid : tout est plus fort. On aime d'un amour ardent, on tue par amour, par dépit, on se suicide et autour de ces drames on peut rire et chanter, on peut se lancer dans des tirades philosophiques, tout prend un sens plus profond.

Chacune de ces nouvelles forme un petit morceau d'une fresque touchante, portée par une écriture extrêmement poétique qui sait si bien dire la folie des hommes, l'amour, l'impression ineffable que le destin joue un rôle. En Sibérie, les choses n'arrivent pas totalement par hasard, et les détails ont un sens profond. Je ressors de ce livre avec une impression de douceur malgré la rudesse, d'apaisement malgré les drames. 

" Moi aussi j'étais pris d'une sorte de folie - d'une souffrance née de la nostalgie de quelque chose de différent et d'un désir de chaleur humaine." 

Piotr Bednarski. Les neiges bleues. Le livre de poche, 2008. 188p. 
Traduit du polonais par Jacques Burko


Vendredi 27 février 2015 à 17:29


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 Comme dans l'épisode précédent, petit tour d'horizon de la musique qui a accompagné mon mois de février.

Ce mois-ci, et sûrement en raison du début d'année pas forcément top que j'ai pu avoir,  j'ai préféré les paroles aux mélodies, j'ai retenu des titres qui me parlaient, qui faisaient écho. C'est le cas pour la reprise de Musica Nuda du grand classique de Gloria Gaynor. Autant je ne suis pas adepte de la version originale, autant ces deux artistes réussissent à lui donner une nouvelle vie. Si vous ne connaissez pas, allez jeter une oreille à cette belle harmonie voix/contrebasse. Bien que je ne sois pas forcément une grande fan de Sia, je me suis laissée séduire par Elastic Heart, pour son message ainsi que son très très beau clip. Il a fait parler de lui, il a créé une polémique à mon sens inutile, mais je retiens une esthétique touchante et la performance de deux acteurs/danseurs de talent. 

Février a également été marqué par la sortie du nouvel album de FAUVE, dont je vous parlais
ICI . Paraffine est une des chansons de l'album que j'écoute le plus, avec Sous les Arcades et Tallulah. J'aime Paraffine parce qu'elle me donne envie d'aller de l'avant, mais aussi parce que ce petit aspect minimale est top. Toujours chez les artistes français, j'ai eu un coup de coeur pour Christine and the Queens avec l'album Chaleur humaine, et Half Ladies a été une des chansons dont les paroles me sont longtemps restées en tête. Ce morceau a tourné en boucle pendant que je lisais Annabel, et même après, donc les thématiques de question d'identité sexuelle, de genre, se sont fait écho. 

Mélanie Pain a une voix que je connaissais pour l'avoir entendue sur quelques albums de Nouvelle Vague. En solo, je ne connaissais que My Name, très belle chanson qui a sa place dans mon Ipod depuis quelques années. Lors de mon inscriptions à la bibliothèque j'ai emprunté son album et ai été totalement séduite par cette voix faussement enfantine, avec des textes poétiques et sensibles. La collaboration avec Julien Doré sur Helsinki est charmante, et Little Cowboy ressemble à une ballade américaine un peu nostalgique. Mais La cigarette a sa place dans cette liste car elle m'a parlé, le sujet m'a rappelé des souvenirs pas si lointains et j'ai pu rapprocher ce texte de mon expérience personnelle. 

Jungle, d'Emma Louise est une chanson assez envoûtante que j'écoute beaucoup dans le métro, je ne sais pas pourquoi, je ne saurais même pas dire ce qu'elle m'évoque, je l'aime bien, c'est tout. A peu près comme pour You Know What I Mean de Cults, chanson découverte il y a quelques années mais que j'ai pris plaisir à réécouter ces jours-ci. Elle a un côté un peu kitsch, vieille ballade romantique de fin d'adolescence, c'est prenant. 

Ibeyi est un groupe composé de deux soeurs et dont je n'avais pas du tout entendu parler jusque là, avant que mon disquaire ne mette le cd en fond sonore de sa boutique. Une belle rythmique, des voix harmonieuses, un côté un peu ethnique, tout l'album est une réussite. River est la première chanson entendue chez le disquaire, elle a été ma porte d'entrée chez ces deux soeurs. 

Et enfin, un titre de Bon Iver. Ce mois-ci j'ai beaucoup écouté l'album For Emma, Forever Ago, de Bon Iver. J'ai une immense tendresse pour cet album, pour les images qu'il m'évoque, pour la mélancolie et la nostalgie heureuse dont il me remplit. C'est un album que j'écoute le sourire aux lèvres, et pourtant avec presque les larmes aux yeux. Re: Stacks est la dernière chanson de l'album, elle clôt magnifiquement un album magistral porté par une voix étonnante et particulière, mais si belle. C'est un album que j'ai déjà écouté cent fois et pourrais écouter presque en boucle.
 

Voilà pour février ! On verra ce qui passera dans mes oreilles en mars ! Et vous alors, parlez-moi de toutes ces musiques qui vous entourent  ! 

Jeudi 19 février 2015 à 9:31

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 " Peut-être qu'il n'y a plus rien à dire. On a tout tenté, exploré le moindre recoin de notre prison en quête d'une échappatoire. La seule chose à laquelle nous n'avons pas touché, c'est le pistolet. Il est là, immobile, il nous appelle. Je lèvre la tête et surprends Amy en train de le lorgner. Quand elle croise mon regard, elle baisse le sien. Plus d'énergie, désormais, pour expliquer ni justifier. Aurait-elle le cran de s'en saisir ? Il y a quinze jours, j'aurais répondu impossible. Mais aujourd'hui ? La confiance est une chose fragile : difficile à gagner, facile à perdre. Je ne suis plus sûr de rien. 
Tout ce que je sais, c'est que l'un de nous va mourir." 

http://www.etenplusellelit.fr/images/9782365690812.jpg Ils sont comme vous et moi, un couple, des collègues de travail, un parent et son enfant, des amis. Toujours par deux, ils sont enlevés et déposés dans un endroit clos, sans issue, sans possibilité d'appeler au secours. A leurs pieds, un téléphone et un pistolet chargé d'une seule balle. Le principe est simple, le jeu est macabre : Sur le téléphone, un message donne l'unique consigne. Pour que l'un vive, l'autre devra mourir. Mis au pied du mur, les victimes ont le choix, tuer ou être tué. Essayer de lutter n'est pas une option, sans eau ni nourriture, la situation devient vite un enfer, l'humanité de chacun est rongée petit à petit, et l'instinct prend le dessus. Helen Grace et son équipe enquêtent sur ces disparitions inquiétantes, jouent contre la montre pour sauver ceux qu'ils peuvent, tentent de comprendre qui peut prendre plaisir à contempler la souffrance des autres et s'en repaître. Ils ne savent pas encore ce qui motive la personne derrière toutes ces mises en scène ... 

Pensé comme une série télé, Am Stram Gram possède un rythme rapide, saccadé, les chapitres sont courts, privilégient l'action à la description, il faut percuter le lecteur, lui donner envie de tourner la page, et ça fonctionne plutôt bien, même si certains chapitres sont tout de même trop courts. Sans crier au coup de coeur, on lit Am Stram Gram avec un certain plaisir, on cherche qui pourrait bien être le coupable, quel pourrait être le lien entre tous ces enlèvements sordides. Même si je n'ai pas été très convaincue par l'enquête, je reconnais avoir apprécié les chapitres où l'auteur se plonge dans la psychologie des victimes. Mis au pied du mur, l'être humain reste complexe, même quand l'instinct animal, la survie reprennent le dessus, on sent les vieux restes d'une conscience, d'une morale, et ça je trouve qu'Alridge a bien réussi à le transposer à l'écrit. 

Comme dans beaucoup de romans policiers, on suit également les hauts et les bas de l'équipe, les petits tracas du quotidien, les histoires de bureau, les petits intérêts des uns et des autres. Parfois ça prend, parfois ça glisse un peu trop dans le pathos, et c'est dommage, parce qu'à la base, cette équipe n'est pas si mal fichue. Difficile de s'attacher à Helen Grace tant elle est opaque, tant elle est hermétique à tout. Véritable mur imperméable, on ne décèle rien de son passé, si ce n'est un traumatisme ancien qu'elle cherche à expier par des moyens extrêmes. Elle est humaine, elle souffre, nous voilà rassurés, mais ça n'est pas assez pour nous faire ressentir de l'empathie. 

Pour le reste, c'est pas mal fait mais on voit un peu les ficelles, ça rappelle Saw, et la fin est un peu rapide et évidente. J'aurais aimé un peu plus de recherche. Pas de coup de coeur, mais une lecture qui se fait sans déplaisir, ça distrait, c'est sympa, mais ça ne rentrera pas dans ma liste des indispensables. A tenter pour les amateurs de thrillers, les gens qui n'accordent pas trop d'importance à l'écriture ou qui aime quand les choses avancent vite, très vite ! 




M.J. Alridge. Am Stram Gram. Les Escales, 2015. 364p.
Traduit de l'anglais par Elodie Leplat. 

Mardi 17 février 2015 à 9:41

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Aujourd'hui on cause musique, et pas n'importe quelle musique, puisque l'on cause du dernier album de FAUVE, Vieux frères partie 2. Ne vous attendez à aucune objectivité, vous le savez, FAUVE et moi, c'est une grande histoire d'amour unilatérale, même si j'ai eu peur, un peu, au début. 

On peut même dire que j'ai eu vraiment très peur. Lorsque le Corp a lâché certains morceaux sur Deezer (Azulejos et Bermudes) j'ai pas eu la petite étincelle de d'habitude, le petit serrement de tripes, je me suis dit que ça y est, la magie était partie et ça m'a rendue un peu triste. Et puis Les Hautes Lumières sont sorties, et là j'ai commencé à retrouver ces mille détails qui font que ce groupe est magique. 

Et maintenant que l'album est sorti, alors, en entier, ça donne quoi ? Bah ça donne du FAUVE. Pas de déception, pas d'attente déçue, c'est bon, ça sonne bien. On sent bien le diptyque avec l'album précédent, tout en ayant autre chose qu'une simple suite. J'y ai réfléchi pendant quelques jours (ouais, mon disquaire, ce petit foufou, avait le vinyle dès samedi) et j'arrive toujours pas à mettre le mot sur ce petit quelque chose qui diffère. Un peu de maturité en plus peut-être ? Toujours la rage, toujours les mots lâchés comme une urgence, et parfois cette douceur, cette tendresse, cet amour des petites choses, des petits bonheurs, des mots. 

 http://www.etenplusellelit.fr/images/110019369280843572100205481277914523789181n.jpg Je ne sais rien de la composition de cet album, mais il a un goût d'été je trouve. Rag #5 résonne de cette mélancolie des dimanche soirs d'été, avec le soleil qui décline doucement. L'instru de Tallulah dessine un soleil même dans les nuits les plus sombres, et Juillet (1998), bon, je vais pas épiloguer sur le fait que Juillet (1998) renforce cette impression d'album qui sent l'été... Les morceaux plus enragés, plus rudes comme Sous les Arcades font écho à De Ceux (sur l'album précédent) et T.R.W. m'a rappelé Saint Anne ou Voyou Avec Paraffine, le Corp joue avec la minimale, ce sont des sonorités que je n'avais pas entendues auparavant, et bon sang ça fonctionne tellement bien ! Et finalement, Azulejos et Bermudes passent crème, au coeur de l'album, elles font sens au milieu des autres. Sans se ressembler, les morceaux s'appellent les uns les autres, renforçant l'impression que cette oeuvre est globale, ce n'est pas la question d'un album ou d'un autre, mais bien d'un projet d'ensemble. 

Je ne sais pas comment ils travaillent, ces garçons (et ces filles aussi peut-être, je ne sais pas) et ça m'intrigue. Qui écrit ? Y-a-t-il un seul parolier ou une mise en commun de leurs textes à tous ? Le texte a une réelle unité, d'un texte à l'autre on sent une patte, une poésie, une rudesse, un phrasé qui claque comme une gifle, des rimes qui n'y ressemblent pas. Clairement, c'est burné et ça me plait énormément. Pourquoi burné ? Parce qu'en s'y penchant un peu, ce sont les seuls textes dans lesquels j'arrive à retrouver ce mélange complexe et subtil de beauté, de rage, de peur. La magie d'avoir entre vingt et trente ans, et les angoisses, la trouille au ventre que ça amène, de quitter le confort d'une vie encadrée pour se jeter dans le vide, le sentiment d'imposture de passer pour un adulte alors que dans le miroir on ne voit qu'un gosse. Parce qu'il y a l'honnêteté de tout dire, même ce qui est moche, même ce que l'on voudrait cacher sous les tapis et dans les caves, ce que l'on voudrait enterrer. 

http://www.etenplusellelit.fr/images/193231892069565794889027358421961221217n.jpg Ca fonctionne, l'instru est travaillée, on sent que les morceaux ne reposent pas uniquement sur les paroles et ça ajoute tellement à l'ensemble. Ca et la voix du chanteur (attendez j'ai encore perdu mon objectivité) , cette voix qui, je ne sais absolument pas pourquoi, m'intrigue, me fait vibrer, me questionne. Ca fonctionne aussi parce que FAUVE Corp sait hyper bien gérer la com, l'attente des fans (plus ou moins hystériques) avec des vidéos (vraiment chouettes), des extraits, des petits mots, une identité visuelle hyper forte. Et quand on achète l'album, que ce soit en cd ou en vinyle, on n'est pas déçu : bracelet, autocollant, photo, livret au graphisme bien léché comme on aime, glaces, chouchous, esquimaux... (J'écoute l'album en même temps et j'arrive à Révérence, et la guitare a des sonorités de vieil album de Neil Young, et les paroles sont tellement... Tellement coup au coeur, tellement àcouperlesouffle, et la fin de la chanson avec les coeurs, ça sonne comme un morceau de Sigur Ros)

Leur concert à Lyon l'année dernière était terrible, avec nous les petits fous à lancer nos coussins verts sur la scène. On verra ce que ça donne cette année au Liberté de Rennes, le 26 mars, mais je sais déjà que ça va être bien. 

Les photos de l'article sont celles prises par FAUVE Corp et présente sur leur page FB. 

Vendredi 13 février 2015 à 18:16

  “Eventually, he found the bed too comfortable for his state of mind, so he lay down on his back, his legs sprawled across the carpet. He anagrammed "yrs forever" until he found one he liked: sorry fever. And then he lay there in his fever of sorry and repeated the now memorized note in his head and wanted do cry, but instead he only felt this aching behind his solar plexus. Crying adds something: crying is you, plus tears. But the feeling Colin had was some horrible opposite of crying. It was you, minus something. He kept thinking about one word - forever - and felt the burning ache just beneath his rib cage.
It hurt like the worst ass-kicking he'd ever gotten. And he'd gotten plenty.”

http://www.etenplusellelit.fr/images/anabundanceofkatherines.pngIl serait juste d'affirmer que Colin Singleton peut parfois être légèrement monomaniaque. C'est peut-être la raison qui l'a poussé à sortir avec des filles toutes prénommées Katherine. A moins que ce soit le hasard, si vous voulez. Mais que ces 19 Katherine l'aient toutes largué, les unes après les autres, c'est encore le hasard ? Il est encore trop tôt pour se pencher sur le problème. Nous sommes en plein été et Colin se retrouve une nouvelle fois largué, au fond du gouffre. Dans un acte de pur altruisme, et parce qu'il est désespérément à la recherche d'un peu d'aventure, Hassan, le meilleur ami de Colin, l'embarque pour un road-trip censé lui remonter le moral. Première étape, Gutshot, Tennessee, où se trouve la tombe de l'Archiduc François-Ferdinand. Car, oui, j'ai oublié de vous dire, Colin Singleton, de par son statut de génie, s'intéresse à tout un tas de trucs qui vous semblent (et à moi aussi) particulièrement inintéressants. Comme le nom des députés américains, les anagrammes  ou la tombe de l'Archiduc François-Ferdinand d'Autriche, par exemple. 

Il me semble qu'avec certains auteurs je suis incapable d'être objective et rationnelle. Parce que John Green parle à mon coeur, parce que John Green me fait rire, parce que j'ai envie de partir en vacances avec tous ses personnages ... Bref, pour toutes ces raisons je ne peux vous dire que du bien d'An Abundance of Katherines. On ne peut qu'aimer Colin Singleton. Il est agaçant la plupart du temps, se pose mille questions, est légèrement socialement inadapté, mais il est adorable. On sent bien qu'au fond il a un petit côté looser, je veux dire, se faire larguer 19 fois d'affilée, quand même, mais peu importe, il est top. Hassan, c'est un des personnages que j'aime le plus, pour le moment, de tous les romans de John Green. Il m'a fait rire aux éclats, j'ai aimé sa force tranquille, sa manière d'aborder la vie, ou de l'esquiver, mais toujours avec humour. 

L'écriture, rien à redire, c'est John Green donc le style me parle, me touche, me fait vibrer. Encore une fois j'insiste sur l'humour de ce roman. Impossible de ne pas rire, ou tout du moins sourire en lisant les aventures loufoques de ces deux garçons. Construit de manière à alterner le passé et le présent, on comprend ce qui se passe dans la vie de Colin en remettant les pièces du puzzle ensemble. Les notes de bas de page de John Green sont de petits trésors, et pour les plus motivés, il y a à la fin de l'ouvrage un appendice mathématique concernant le théorème mis au point par Colin durant ses vacances. Je dois avouer que la partie mathématiques a été un peu laissée de côté pour ma part, ayant un léger souci avec les équations. 

L'air de rien, John Green nous parle de la vie, des relations, de la manière d'aborder la vie de jeune adulte, de nos craintes, nos peurs de l'abandon, la pression sociale régnant au lycée, l'impossibilité de cerner les personnes que l'on aime correctement, la peur de quitter ce que l'on connait, les petits mensonges que l'on est capable de se faire pour vivre mieux, les vengeances que l'on met au point pour blesser autant que l'on a un jour été blessé, nos lieux secrets... C'est vaste, mais c'est beau, c'est drôle, et c'est à lire. Un point c'est tout. 

John Green. An abundance of Katherines. Penguin Books, 2006. 226p.

Dimanche 1er février 2015 à 21:40

http://www.etenplusellelit.fr/images/22762465495f51a012f0z-copie-1.jpg
" Nous regardons tous, un coup de sang. Une forme un peu plus loin, oui. Le refuge. Des cris. On y est, on l'a eu ! Où allons-nous chercher cette pauvre réserve d'énergie qui nous fait hâter le pas, obnubilés par la masse grise devant nous, notre salut, notre arche de Noé - ou peut-être avons-nous seulement l'impression de courir, tel un curieux rêve. Pas un instant, la pensée que cette cabane soir dénuée de tout confort ne nous effleure. Que nous puissions y trouver quatre murs et un toit nous suffit. Et une cheminée. Nous acceptons tout. Le reste n'est qu'artifice. Pas un instant nous ne nous rendons compte que quelque chose cloche. " 

http://www.etenplusellelit.fr/images/obad3501104094599969771003174243364806285143.jpg Lou n'est pas une passionnée de montagne, mais avec son amoureux ils ont été choisis pour participer à un trek de trois jours en Albanie. Décor de rêve, neige superbe, montagnes à couper le souffle. Le rythme s'annonce un peu soutenu, mais ils ne sont pas seuls. Leurs quatre autres camarades ne sont pas chevronnés et le guide compte y aller doucement. Non loin de là, Mathias, sacrificateur, fait perdurer les vieilles traditions et superstitions de ces contrées reculées où le Diable est plus craint que les hommes. Lui sait que ces montagnes renferment quelque chose d'indicible, une présence sourde que l'on sent dans le vent, quand il se lève pour envelopper les randonneurs, les réduisant à de petites fourmis blanches, accrochées tant bien que mal aux parois. D'abord six, puis cinq, la montagne prélève sa part, et le séjour de rêve vire soudain au cauchemar. Mais que se cache-t-il dans ces montagnes ? 

Attention, avec Sandrine Collette, vous ne verrez plus jamais les vacances au ski de la même manière. En quelques chapitres elle plante le décor. Tout semble idyllique pour nos six randonneurs, mais de son côté Mathias sait que les lieux sont hostiles. Mais il est loin, il ne connait pas ces gens, il ne peut pas les prévenir. Le lecteur suit les pensées de Mathias, alternées avec celles de Lou au fil des chapitres. Les deux écritures sont radicalement différentes, le premier utilisant un langage plus littéraire, plus travaillé, plus spirituel et même mystique. Lou, quant à elle, m'a un peu agacée au départ. L'oralité de ses chapitres me perturbait, les choses étaient "super" ou "vachement bien". Et puis au bout de quelques temps, on s'habitue, et son style change. Elle perd de son insouciance, elle accède à une part plus intime d'elle même, on s'attarde plus sur ses sensations, ses peurs, ses espoirs... 

A partir du moment où la situation météorologique se dégrade, le roman prend une autre tournure, plus sombre, plus oppressant. Et en cela l'auteur fait très bien son travail. La tension du lecteur augmente avec celle des personnages, leur angoisse devient communicative, on se prend à avoir quelques sueurs froides, parfois un léger sentiment de claustrophobie ou de panique indicible. On sent l'étau qui se resserre sur le groupe de Lou, et les chapitres de Mathias sont autant de répits accordés par l'auteur. Son histoire à lui est terrible, aussi, celle d'une traque, d'un drame impossible à éviter, mais la tension n'est pas la même. 

On ressort de ce roman totalement glacé, avec l'impression d'avoir séjourné dans le blizzard pendant quelques jours, d'avoir été un peu vidé de notre énergie, et c'est vraiment plaisant, cette possibilité d'être happé par un roman. Je n'ai rien lu d'autre de Sandrine Collette pour le moment, mais j'irai avec plaisir jeter un oeil à ses précédents ouvrages, car celui-là m'a plu, sans peut-être crier au coup de coeur. Un bon thriller, efficace, glaçant et dont les ficelles ne se voient pas trop. 

Sandrine Collette. Six fourmis blanches. Denoël, 2015. 276p. 

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