Dimanche 8 mars 2015 à 22:35

http://www.etenplusellelit.fr/images/22762465495f51a012f0z-copie-2.jpg "- On a beaucoup perdu en abandonnant le polythéisme. Les dieux de la Nature faisaient de très bons juges. Et puis prier un dieu pour chaque occassion de la vie quotidienne, chaque humble préoccupation - une bonne moisson, la naissance d'un héritier, la santé pour sa tribu -, était plus intelligent et utile que l'adulation d'un seul démiurge héritier de la Vérité. Car qui croit la détenir apprécie de l'imposer.
- Le monothéisme ou l'invention de l'intolérance.
- Et puis les dieux de l'Olympe avaient le bon goût d'avoir autant de défauts que de qualités et donc d'être proches des simples mortels...."

http://www.etenplusellelit.fr/images/sylvainlarchangeduchaos.gifLes caves d'un chantier abandonné, un sol de terre battue, une disposition soignée, méticuleuse, un corps. Allongé, les yeux fermés, comme un gisant, la langue coupée, le bras brûlé, puis soigné. A quoi ça rime ? Qui abîme pour réparer ensuite ? Qui se joue de la police, de l'équipe Carat ? Bastien Carat est déjà suffisamment sur les dents, un de ses lieutenants a été mis au vert et il doit accueillir la jeune Franka Kehlmann à sa place. Une fille qui arrive de la Finance, qui n'a jamais mis les pieds sur une scène de crime violent  et qui en plus traîne dans son sillage un jeune frère artiste à la personnalité fantasque et imprévisible. Les frictions ne manquent pas, et le tueur ne se calme pas. Un cadavre en entraîne un autre, toujours avec les mêmes rituels : Une lettre de menaces au style biblique, la langue tranchée, la blessure infligée et parfois soignée. Le tueur se moque, s'amuse, laisse des indices, anticipe les mouvements de la police et ne semble jamais s'arrêter...

Premier roman de Dominique Sylvain dans mes lectures, je découvre avec un plaisir non dissimulé l'équipe du commandant Bastien Carat. Entre les personnalités des uns, le caractère ou le manque de motivation des autres, l'auteur met en scène des personnages très humains, très nuancés. Pas de héros, chacun a ses failles, sa vie, ses envies, ses désirs. Et dans les coulisses de l'enquête, les jeux des rapports de force entre avocats, juges et membres des forces de l'ordre sont un petit théâtre passionnant. 

Le tour de force de l'auteur, c'est de réussir à alimenter son récit d'anecdotes historiques sans donner l'impression à son lecteur d'assister à une conférence. Tout est subtil, imbriqué dans l'enquête, et l'on se retrouve à causer ordalie, torture moyen-âgeuse, punition divine et étude de la Bible sans avoir quitté les locaux de la police. A travers les vies des différents personnages, notamment ceux évoluant en dehors de l'équipe de police, on porte un regard différent sur ces meurtres, on peut voir la beauté dans les yeux du frère de Franka, on peut sentir la délicatesse à travers la femme de Bastien Carat ... Ces touches viennent étoffer le récit et lui donner un rythme. 

Et puis le style de Dominique Sylvain est incroyable. La langue est travaillée, le vocabulaire précis et recherché, les répliques assassines, c'est un très beau texte littéraire au service d'une histoire aux rebondissements inattendus. J'aurai un immense plaisir à découvrir les autres romans policiers de cette auteur dont on m'avait beaucoup parlé mais que je n'avais pas encore pris le temps de découvrir ! 


Dominique Sylvain.
 L'Archange du Chaos. Viviane Hamy, 2015. 330 p. 

Mardi 3 mars 2015 à 18:00

 " La neige se fit bleue et la limite entre ciel et terre s'estompa. Le soleil, dépouillé de sa splendeur et privé de son éclat, végétait désormais dans une misère prolétarienne. Le froid vif buvait toute sa chaude et vivifiante liqueur - désormais seuls le feu de bois, l'amour et trois cents grammes quotidiens d'un pain mêlé de cellulose et d'arêtes de poisson devaient nous défendre contre la mort. Or n'est-ce pas justement quand la mort est sur le seuil, quand elle fait déjà son nid en nous, à l'intérieur, que le désir de vivre s'exalte et que l'on devient capable d'abattre des montagnes, et de ressusciter d'entre les morts ?" 

http://www.etenplusellelit.fr/images/9782253083870T.jpgPetia vit en Sibérie avec sa mère, Beauté, au milieu d'enfants de son âge, au milieu des vieux, des femmes, mais pas trop des hommes. Les hommes sont au Goulag, nous sommes dans les années 40, Staline est au pouvoir et les polonais rebelles sont matés à coups de labeur dans la neige, le froid, à coups de rêves de pain qui ne se réalisent jamais. La mère de Petia est appelée Beauté, tant elle subjugue quiconque la croise, et c'est cette beauté qui parfois empêche la mort de trop s'attarder sur le seuil. Au fil de nouvelles, Petia nous raconte son quotidien, les rencontres marquantes de son enfance, les hommes qui ont servi de modèle, le souvenir d'un père qui ne rentrera sûrement jamais, les petites révoltes, les pieds de nez à l'autorité... Et les rêves, le rêve de devenir marin, le rêve de trouver une Bible, celui d'acquérir le précieux "tricot de marin", possession incontournable de tout jeune homme respectable... 

Pour cette troisième session de Bookworm Correspondance, Demoiselle Coquelicote m'a conseillé de lire ce recueil de nouvelles et je n'ai pas été déçue. Bien qu'il soit certain que les conditions de vie pour les déplacés en Sibérie dans les années 40 étaient désastreuses, et que ces nouvelles ne cachent rien de la rudesse du quotidien, j'ai trouvé ce livre étonnamment lumineux. La mort est omniprésente, on peut être fusillé, condamné, déporté, dénoncé pour mille choses chaque jour, pour un regard, pour un mot, un geste, pour un doute sur l'allégeance à Staline. Malgré cela, Petia vit une enfance où les rires ont aussi leur place, où l'on peut faire les quatre cent coups.

Il est intéressant de voir comment ce village, cette micro-société s'organise. Qui sont les parias, qui sont ceux qui détiennent le pouvoir. Certains ont un grade et des armes, mais peuvent baisser les yeux devant la beauté d'une femme. Je ne sais pas vraiment comment décrire ce roman, mais, au risque de faire une lapalissade, je l'ai trouvé très russe. Il y a une exaltation des grands sentiments, le désespoir et le chagrin, le sens de l'honneur, le froid : tout est plus fort. On aime d'un amour ardent, on tue par amour, par dépit, on se suicide et autour de ces drames on peut rire et chanter, on peut se lancer dans des tirades philosophiques, tout prend un sens plus profond.

Chacune de ces nouvelles forme un petit morceau d'une fresque touchante, portée par une écriture extrêmement poétique qui sait si bien dire la folie des hommes, l'amour, l'impression ineffable que le destin joue un rôle. En Sibérie, les choses n'arrivent pas totalement par hasard, et les détails ont un sens profond. Je ressors de ce livre avec une impression de douceur malgré la rudesse, d'apaisement malgré les drames. 

" Moi aussi j'étais pris d'une sorte de folie - d'une souffrance née de la nostalgie de quelque chose de différent et d'un désir de chaleur humaine." 

Piotr Bednarski. Les neiges bleues. Le livre de poche, 2008. 188p. 
Traduit du polonais par Jacques Burko


Vendredi 27 février 2015 à 17:29


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 Comme dans l'épisode précédent, petit tour d'horizon de la musique qui a accompagné mon mois de février.

Ce mois-ci, et sûrement en raison du début d'année pas forcément top que j'ai pu avoir,  j'ai préféré les paroles aux mélodies, j'ai retenu des titres qui me parlaient, qui faisaient écho. C'est le cas pour la reprise de Musica Nuda du grand classique de Gloria Gaynor. Autant je ne suis pas adepte de la version originale, autant ces deux artistes réussissent à lui donner une nouvelle vie. Si vous ne connaissez pas, allez jeter une oreille à cette belle harmonie voix/contrebasse. Bien que je ne sois pas forcément une grande fan de Sia, je me suis laissée séduire par Elastic Heart, pour son message ainsi que son très très beau clip. Il a fait parler de lui, il a créé une polémique à mon sens inutile, mais je retiens une esthétique touchante et la performance de deux acteurs/danseurs de talent. 

Février a également été marqué par la sortie du nouvel album de FAUVE, dont je vous parlais
ICI . Paraffine est une des chansons de l'album que j'écoute le plus, avec Sous les Arcades et Tallulah. J'aime Paraffine parce qu'elle me donne envie d'aller de l'avant, mais aussi parce que ce petit aspect minimale est top. Toujours chez les artistes français, j'ai eu un coup de coeur pour Christine and the Queens avec l'album Chaleur humaine, et Half Ladies a été une des chansons dont les paroles me sont longtemps restées en tête. Ce morceau a tourné en boucle pendant que je lisais Annabel, et même après, donc les thématiques de question d'identité sexuelle, de genre, se sont fait écho. 

Mélanie Pain a une voix que je connaissais pour l'avoir entendue sur quelques albums de Nouvelle Vague. En solo, je ne connaissais que My Name, très belle chanson qui a sa place dans mon Ipod depuis quelques années. Lors de mon inscriptions à la bibliothèque j'ai emprunté son album et ai été totalement séduite par cette voix faussement enfantine, avec des textes poétiques et sensibles. La collaboration avec Julien Doré sur Helsinki est charmante, et Little Cowboy ressemble à une ballade américaine un peu nostalgique. Mais La cigarette a sa place dans cette liste car elle m'a parlé, le sujet m'a rappelé des souvenirs pas si lointains et j'ai pu rapprocher ce texte de mon expérience personnelle. 

Jungle, d'Emma Louise est une chanson assez envoûtante que j'écoute beaucoup dans le métro, je ne sais pas pourquoi, je ne saurais même pas dire ce qu'elle m'évoque, je l'aime bien, c'est tout. A peu près comme pour You Know What I Mean de Cults, chanson découverte il y a quelques années mais que j'ai pris plaisir à réécouter ces jours-ci. Elle a un côté un peu kitsch, vieille ballade romantique de fin d'adolescence, c'est prenant. 

Ibeyi est un groupe composé de deux soeurs et dont je n'avais pas du tout entendu parler jusque là, avant que mon disquaire ne mette le cd en fond sonore de sa boutique. Une belle rythmique, des voix harmonieuses, un côté un peu ethnique, tout l'album est une réussite. River est la première chanson entendue chez le disquaire, elle a été ma porte d'entrée chez ces deux soeurs. 

Et enfin, un titre de Bon Iver. Ce mois-ci j'ai beaucoup écouté l'album For Emma, Forever Ago, de Bon Iver. J'ai une immense tendresse pour cet album, pour les images qu'il m'évoque, pour la mélancolie et la nostalgie heureuse dont il me remplit. C'est un album que j'écoute le sourire aux lèvres, et pourtant avec presque les larmes aux yeux. Re: Stacks est la dernière chanson de l'album, elle clôt magnifiquement un album magistral porté par une voix étonnante et particulière, mais si belle. C'est un album que j'ai déjà écouté cent fois et pourrais écouter presque en boucle.
 

Voilà pour février ! On verra ce qui passera dans mes oreilles en mars ! Et vous alors, parlez-moi de toutes ces musiques qui vous entourent  ! 

Jeudi 19 février 2015 à 9:31

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 " Peut-être qu'il n'y a plus rien à dire. On a tout tenté, exploré le moindre recoin de notre prison en quête d'une échappatoire. La seule chose à laquelle nous n'avons pas touché, c'est le pistolet. Il est là, immobile, il nous appelle. Je lèvre la tête et surprends Amy en train de le lorgner. Quand elle croise mon regard, elle baisse le sien. Plus d'énergie, désormais, pour expliquer ni justifier. Aurait-elle le cran de s'en saisir ? Il y a quinze jours, j'aurais répondu impossible. Mais aujourd'hui ? La confiance est une chose fragile : difficile à gagner, facile à perdre. Je ne suis plus sûr de rien. 
Tout ce que je sais, c'est que l'un de nous va mourir." 

http://www.etenplusellelit.fr/images/9782365690812.jpg Ils sont comme vous et moi, un couple, des collègues de travail, un parent et son enfant, des amis. Toujours par deux, ils sont enlevés et déposés dans un endroit clos, sans issue, sans possibilité d'appeler au secours. A leurs pieds, un téléphone et un pistolet chargé d'une seule balle. Le principe est simple, le jeu est macabre : Sur le téléphone, un message donne l'unique consigne. Pour que l'un vive, l'autre devra mourir. Mis au pied du mur, les victimes ont le choix, tuer ou être tué. Essayer de lutter n'est pas une option, sans eau ni nourriture, la situation devient vite un enfer, l'humanité de chacun est rongée petit à petit, et l'instinct prend le dessus. Helen Grace et son équipe enquêtent sur ces disparitions inquiétantes, jouent contre la montre pour sauver ceux qu'ils peuvent, tentent de comprendre qui peut prendre plaisir à contempler la souffrance des autres et s'en repaître. Ils ne savent pas encore ce qui motive la personne derrière toutes ces mises en scène ... 

Pensé comme une série télé, Am Stram Gram possède un rythme rapide, saccadé, les chapitres sont courts, privilégient l'action à la description, il faut percuter le lecteur, lui donner envie de tourner la page, et ça fonctionne plutôt bien, même si certains chapitres sont tout de même trop courts. Sans crier au coup de coeur, on lit Am Stram Gram avec un certain plaisir, on cherche qui pourrait bien être le coupable, quel pourrait être le lien entre tous ces enlèvements sordides. Même si je n'ai pas été très convaincue par l'enquête, je reconnais avoir apprécié les chapitres où l'auteur se plonge dans la psychologie des victimes. Mis au pied du mur, l'être humain reste complexe, même quand l'instinct animal, la survie reprennent le dessus, on sent les vieux restes d'une conscience, d'une morale, et ça je trouve qu'Alridge a bien réussi à le transposer à l'écrit. 

Comme dans beaucoup de romans policiers, on suit également les hauts et les bas de l'équipe, les petits tracas du quotidien, les histoires de bureau, les petits intérêts des uns et des autres. Parfois ça prend, parfois ça glisse un peu trop dans le pathos, et c'est dommage, parce qu'à la base, cette équipe n'est pas si mal fichue. Difficile de s'attacher à Helen Grace tant elle est opaque, tant elle est hermétique à tout. Véritable mur imperméable, on ne décèle rien de son passé, si ce n'est un traumatisme ancien qu'elle cherche à expier par des moyens extrêmes. Elle est humaine, elle souffre, nous voilà rassurés, mais ça n'est pas assez pour nous faire ressentir de l'empathie. 

Pour le reste, c'est pas mal fait mais on voit un peu les ficelles, ça rappelle Saw, et la fin est un peu rapide et évidente. J'aurais aimé un peu plus de recherche. Pas de coup de coeur, mais une lecture qui se fait sans déplaisir, ça distrait, c'est sympa, mais ça ne rentrera pas dans ma liste des indispensables. A tenter pour les amateurs de thrillers, les gens qui n'accordent pas trop d'importance à l'écriture ou qui aime quand les choses avancent vite, très vite ! 




M.J. Alridge. Am Stram Gram. Les Escales, 2015. 364p.
Traduit de l'anglais par Elodie Leplat. 

Mardi 17 février 2015 à 9:41

http://www.etenplusellelit.fr/images/FauveVieuxFreresPartie2.jpg 
Aujourd'hui on cause musique, et pas n'importe quelle musique, puisque l'on cause du dernier album de FAUVE, Vieux frères partie 2. Ne vous attendez à aucune objectivité, vous le savez, FAUVE et moi, c'est une grande histoire d'amour unilatérale, même si j'ai eu peur, un peu, au début. 

On peut même dire que j'ai eu vraiment très peur. Lorsque le Corp a lâché certains morceaux sur Deezer (Azulejos et Bermudes) j'ai pas eu la petite étincelle de d'habitude, le petit serrement de tripes, je me suis dit que ça y est, la magie était partie et ça m'a rendue un peu triste. Et puis Les Hautes Lumières sont sorties, et là j'ai commencé à retrouver ces mille détails qui font que ce groupe est magique. 

Et maintenant que l'album est sorti, alors, en entier, ça donne quoi ? Bah ça donne du FAUVE. Pas de déception, pas d'attente déçue, c'est bon, ça sonne bien. On sent bien le diptyque avec l'album précédent, tout en ayant autre chose qu'une simple suite. J'y ai réfléchi pendant quelques jours (ouais, mon disquaire, ce petit foufou, avait le vinyle dès samedi) et j'arrive toujours pas à mettre le mot sur ce petit quelque chose qui diffère. Un peu de maturité en plus peut-être ? Toujours la rage, toujours les mots lâchés comme une urgence, et parfois cette douceur, cette tendresse, cet amour des petites choses, des petits bonheurs, des mots. 

 http://www.etenplusellelit.fr/images/110019369280843572100205481277914523789181n.jpg Je ne sais rien de la composition de cet album, mais il a un goût d'été je trouve. Rag #5 résonne de cette mélancolie des dimanche soirs d'été, avec le soleil qui décline doucement. L'instru de Tallulah dessine un soleil même dans les nuits les plus sombres, et Juillet (1998), bon, je vais pas épiloguer sur le fait que Juillet (1998) renforce cette impression d'album qui sent l'été... Les morceaux plus enragés, plus rudes comme Sous les Arcades font écho à De Ceux (sur l'album précédent) et T.R.W. m'a rappelé Saint Anne ou Voyou Avec Paraffine, le Corp joue avec la minimale, ce sont des sonorités que je n'avais pas entendues auparavant, et bon sang ça fonctionne tellement bien ! Et finalement, Azulejos et Bermudes passent crème, au coeur de l'album, elles font sens au milieu des autres. Sans se ressembler, les morceaux s'appellent les uns les autres, renforçant l'impression que cette oeuvre est globale, ce n'est pas la question d'un album ou d'un autre, mais bien d'un projet d'ensemble. 

Je ne sais pas comment ils travaillent, ces garçons (et ces filles aussi peut-être, je ne sais pas) et ça m'intrigue. Qui écrit ? Y-a-t-il un seul parolier ou une mise en commun de leurs textes à tous ? Le texte a une réelle unité, d'un texte à l'autre on sent une patte, une poésie, une rudesse, un phrasé qui claque comme une gifle, des rimes qui n'y ressemblent pas. Clairement, c'est burné et ça me plait énormément. Pourquoi burné ? Parce qu'en s'y penchant un peu, ce sont les seuls textes dans lesquels j'arrive à retrouver ce mélange complexe et subtil de beauté, de rage, de peur. La magie d'avoir entre vingt et trente ans, et les angoisses, la trouille au ventre que ça amène, de quitter le confort d'une vie encadrée pour se jeter dans le vide, le sentiment d'imposture de passer pour un adulte alors que dans le miroir on ne voit qu'un gosse. Parce qu'il y a l'honnêteté de tout dire, même ce qui est moche, même ce que l'on voudrait cacher sous les tapis et dans les caves, ce que l'on voudrait enterrer. 

http://www.etenplusellelit.fr/images/193231892069565794889027358421961221217n.jpg Ca fonctionne, l'instru est travaillée, on sent que les morceaux ne reposent pas uniquement sur les paroles et ça ajoute tellement à l'ensemble. Ca et la voix du chanteur (attendez j'ai encore perdu mon objectivité) , cette voix qui, je ne sais absolument pas pourquoi, m'intrigue, me fait vibrer, me questionne. Ca fonctionne aussi parce que FAUVE Corp sait hyper bien gérer la com, l'attente des fans (plus ou moins hystériques) avec des vidéos (vraiment chouettes), des extraits, des petits mots, une identité visuelle hyper forte. Et quand on achète l'album, que ce soit en cd ou en vinyle, on n'est pas déçu : bracelet, autocollant, photo, livret au graphisme bien léché comme on aime, glaces, chouchous, esquimaux... (J'écoute l'album en même temps et j'arrive à Révérence, et la guitare a des sonorités de vieil album de Neil Young, et les paroles sont tellement... Tellement coup au coeur, tellement àcouperlesouffle, et la fin de la chanson avec les coeurs, ça sonne comme un morceau de Sigur Ros)

Leur concert à Lyon l'année dernière était terrible, avec nous les petits fous à lancer nos coussins verts sur la scène. On verra ce que ça donne cette année au Liberté de Rennes, le 26 mars, mais je sais déjà que ça va être bien. 

Les photos de l'article sont celles prises par FAUVE Corp et présente sur leur page FB. 

Vendredi 13 février 2015 à 18:16

  “Eventually, he found the bed too comfortable for his state of mind, so he lay down on his back, his legs sprawled across the carpet. He anagrammed "yrs forever" until he found one he liked: sorry fever. And then he lay there in his fever of sorry and repeated the now memorized note in his head and wanted do cry, but instead he only felt this aching behind his solar plexus. Crying adds something: crying is you, plus tears. But the feeling Colin had was some horrible opposite of crying. It was you, minus something. He kept thinking about one word - forever - and felt the burning ache just beneath his rib cage.
It hurt like the worst ass-kicking he'd ever gotten. And he'd gotten plenty.”

http://www.etenplusellelit.fr/images/anabundanceofkatherines.pngIl serait juste d'affirmer que Colin Singleton peut parfois être légèrement monomaniaque. C'est peut-être la raison qui l'a poussé à sortir avec des filles toutes prénommées Katherine. A moins que ce soit le hasard, si vous voulez. Mais que ces 19 Katherine l'aient toutes largué, les unes après les autres, c'est encore le hasard ? Il est encore trop tôt pour se pencher sur le problème. Nous sommes en plein été et Colin se retrouve une nouvelle fois largué, au fond du gouffre. Dans un acte de pur altruisme, et parce qu'il est désespérément à la recherche d'un peu d'aventure, Hassan, le meilleur ami de Colin, l'embarque pour un road-trip censé lui remonter le moral. Première étape, Gutshot, Tennessee, où se trouve la tombe de l'Archiduc François-Ferdinand. Car, oui, j'ai oublié de vous dire, Colin Singleton, de par son statut de génie, s'intéresse à tout un tas de trucs qui vous semblent (et à moi aussi) particulièrement inintéressants. Comme le nom des députés américains, les anagrammes  ou la tombe de l'Archiduc François-Ferdinand d'Autriche, par exemple. 

Il me semble qu'avec certains auteurs je suis incapable d'être objective et rationnelle. Parce que John Green parle à mon coeur, parce que John Green me fait rire, parce que j'ai envie de partir en vacances avec tous ses personnages ... Bref, pour toutes ces raisons je ne peux vous dire que du bien d'An Abundance of Katherines. On ne peut qu'aimer Colin Singleton. Il est agaçant la plupart du temps, se pose mille questions, est légèrement socialement inadapté, mais il est adorable. On sent bien qu'au fond il a un petit côté looser, je veux dire, se faire larguer 19 fois d'affilée, quand même, mais peu importe, il est top. Hassan, c'est un des personnages que j'aime le plus, pour le moment, de tous les romans de John Green. Il m'a fait rire aux éclats, j'ai aimé sa force tranquille, sa manière d'aborder la vie, ou de l'esquiver, mais toujours avec humour. 

L'écriture, rien à redire, c'est John Green donc le style me parle, me touche, me fait vibrer. Encore une fois j'insiste sur l'humour de ce roman. Impossible de ne pas rire, ou tout du moins sourire en lisant les aventures loufoques de ces deux garçons. Construit de manière à alterner le passé et le présent, on comprend ce qui se passe dans la vie de Colin en remettant les pièces du puzzle ensemble. Les notes de bas de page de John Green sont de petits trésors, et pour les plus motivés, il y a à la fin de l'ouvrage un appendice mathématique concernant le théorème mis au point par Colin durant ses vacances. Je dois avouer que la partie mathématiques a été un peu laissée de côté pour ma part, ayant un léger souci avec les équations. 

L'air de rien, John Green nous parle de la vie, des relations, de la manière d'aborder la vie de jeune adulte, de nos craintes, nos peurs de l'abandon, la pression sociale régnant au lycée, l'impossibilité de cerner les personnes que l'on aime correctement, la peur de quitter ce que l'on connait, les petits mensonges que l'on est capable de se faire pour vivre mieux, les vengeances que l'on met au point pour blesser autant que l'on a un jour été blessé, nos lieux secrets... C'est vaste, mais c'est beau, c'est drôle, et c'est à lire. Un point c'est tout. 

John Green. An abundance of Katherines. Penguin Books, 2006. 226p.

Dimanche 1er février 2015 à 21:40

http://www.etenplusellelit.fr/images/22762465495f51a012f0z-copie-1.jpg
" Nous regardons tous, un coup de sang. Une forme un peu plus loin, oui. Le refuge. Des cris. On y est, on l'a eu ! Où allons-nous chercher cette pauvre réserve d'énergie qui nous fait hâter le pas, obnubilés par la masse grise devant nous, notre salut, notre arche de Noé - ou peut-être avons-nous seulement l'impression de courir, tel un curieux rêve. Pas un instant, la pensée que cette cabane soir dénuée de tout confort ne nous effleure. Que nous puissions y trouver quatre murs et un toit nous suffit. Et une cheminée. Nous acceptons tout. Le reste n'est qu'artifice. Pas un instant nous ne nous rendons compte que quelque chose cloche. " 

http://www.etenplusellelit.fr/images/obad3501104094599969771003174243364806285143.jpg Lou n'est pas une passionnée de montagne, mais avec son amoureux ils ont été choisis pour participer à un trek de trois jours en Albanie. Décor de rêve, neige superbe, montagnes à couper le souffle. Le rythme s'annonce un peu soutenu, mais ils ne sont pas seuls. Leurs quatre autres camarades ne sont pas chevronnés et le guide compte y aller doucement. Non loin de là, Mathias, sacrificateur, fait perdurer les vieilles traditions et superstitions de ces contrées reculées où le Diable est plus craint que les hommes. Lui sait que ces montagnes renferment quelque chose d'indicible, une présence sourde que l'on sent dans le vent, quand il se lève pour envelopper les randonneurs, les réduisant à de petites fourmis blanches, accrochées tant bien que mal aux parois. D'abord six, puis cinq, la montagne prélève sa part, et le séjour de rêve vire soudain au cauchemar. Mais que se cache-t-il dans ces montagnes ? 

Attention, avec Sandrine Collette, vous ne verrez plus jamais les vacances au ski de la même manière. En quelques chapitres elle plante le décor. Tout semble idyllique pour nos six randonneurs, mais de son côté Mathias sait que les lieux sont hostiles. Mais il est loin, il ne connait pas ces gens, il ne peut pas les prévenir. Le lecteur suit les pensées de Mathias, alternées avec celles de Lou au fil des chapitres. Les deux écritures sont radicalement différentes, le premier utilisant un langage plus littéraire, plus travaillé, plus spirituel et même mystique. Lou, quant à elle, m'a un peu agacée au départ. L'oralité de ses chapitres me perturbait, les choses étaient "super" ou "vachement bien". Et puis au bout de quelques temps, on s'habitue, et son style change. Elle perd de son insouciance, elle accède à une part plus intime d'elle même, on s'attarde plus sur ses sensations, ses peurs, ses espoirs... 

A partir du moment où la situation météorologique se dégrade, le roman prend une autre tournure, plus sombre, plus oppressant. Et en cela l'auteur fait très bien son travail. La tension du lecteur augmente avec celle des personnages, leur angoisse devient communicative, on se prend à avoir quelques sueurs froides, parfois un léger sentiment de claustrophobie ou de panique indicible. On sent l'étau qui se resserre sur le groupe de Lou, et les chapitres de Mathias sont autant de répits accordés par l'auteur. Son histoire à lui est terrible, aussi, celle d'une traque, d'un drame impossible à éviter, mais la tension n'est pas la même. 

On ressort de ce roman totalement glacé, avec l'impression d'avoir séjourné dans le blizzard pendant quelques jours, d'avoir été un peu vidé de notre énergie, et c'est vraiment plaisant, cette possibilité d'être happé par un roman. Je n'ai rien lu d'autre de Sandrine Collette pour le moment, mais j'irai avec plaisir jeter un oeil à ses précédents ouvrages, car celui-là m'a plu, sans peut-être crier au coup de coeur. Un bon thriller, efficace, glaçant et dont les ficelles ne se voient pas trop. 

Sandrine Collette. Six fourmis blanches. Denoël, 2015. 276p. 

Jeudi 29 janvier 2015 à 9:36

http://www.etenplusellelit.fr/images/22762465495f51a012f0z-copie-1.jpg

 " Pendant des années, Janet pensait avoir vu tout ça, pensait s'en souvenir. Le jeune Noir aux cheveux crépus et aux vêtements sales qui portait son frère sur ses épaules. La tête blonde de Justin dressée haut dans le ciel, presque aussi haut que le sommet de la balançoire. Justin qui paradait comme un champion. Qui tombait dans le piège de cet homme. Avant de se faire enlever.
Mais elle ne s'en souvient pas vraiment, si ? " 

http://www.etenplusellelit.fr/images/rdsm.jpg Depuis vingt-cinq ans, Janet vit avec le poids de la mort de son petit frère. Elle vit avec la culpabilité, avec le remords de n'avoir pas assez bien surveillé Justin, de l'avoir laissé se faire enlever, et tuer. L'affaire avait fait grand bruit dans cette petite bourgade tranquille du sud des Etats-Unis. Et même après plusieurs décennies, les gens en parlaient encore. Au moment de l'anniversaire des vingt-cinq ans de cette disparition sordide, les journalistes s'étaient penchés à nouveau sur cette affaire, sur la culpabilité de l'homme qui avait purgé sa peine pour ce meurtre. Un homme noir, qui était dans le parc au moment des faits, un homme qui approchait un peu trop les enfants. Mais après tout ce temps, après avoir répété sa version des faits un nombre incalculable de fois, Janet doute. Elle était si jeune, elle ne se souvient plus vraiment de ce qu'elle a vu ce jour-là, des faits et gestes de chacun. Quand le deuxième témoin revient en ville, son ami Michael, elle commence à devenir obsédée par ce besoin de découvrir la vérité, quitte à exhumer les secrets des uns et des autres. 

Le premier chapitre de ce roman est très accrocheur. Vingt-cinq ans après un meurtre tout est remis en question, on replonge dans les souvenirs d'une Janet anxieuse, en proie à de violents doutes. Et petit à petit tout se met en place, on découvre la famille de Janet, son père, sa fille, cette ville où les Blancs et les Noirs ne se côtoient pas tant que ça, vieux racisme sudiste dans l'air. J'ai apprécié l'aspect sociologique de ce roman, la façon dont la couleur de peau peut influencer une enquête, un jury, la manière dont certains possèdent une forme d'immunité liée seulement à leurs revenus, ou  leur ascendance. 

L'auteur alterne les points de vue entre Janet, sa fille Ashleigh et l'Inspecteur en charge de l'affaire. Ce dernier est à mon sens le plus complexe et donc sacrément intéressant. Au départ il apparaît comme un vrai pourri, enclin à tirer des conclusions hâtives, irrespectueux envers le meurtrier présumé, sûr de lui, de son bon droit. Et puis ses convictions vacillent, comme un colosse au pieds d'argile, ses certitudes s'effondrent. Il devient alors plus humain, plus réfléchi. 

Toutefois, Un lieu secret ne m'a pas totalement convaincue. L'auteur met en place certaines choses sans vraiment aller au bout de sa démarche.  J'ai senti la fin venir et n'ai pas été vraiment surprise par les révélations finales. Même si les personnages m'ont intéressée, ils ne m'ont pas touchée, je n'ai ressenti aucune proximité à leur égard, aucune émotion. J'ai passé un bon moment, mais je n'en garderai pas un souvenir impérissable, ce qui est dommage car l'intrigue de base avait attisé ma curiosité. 

David Bell. Un lieu secret. Actes sud, 2015. 334p. Traduit de l'anglais par Claire-Marie Clévy. 

Jeudi 29 janvier 2015 à 9:13

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Bonjour à tous les petites loutres ! Aujourd'hui un petit article pour vous parler d'un concours ! Pour vous remercier d'être aussi nombreux sur la page Facebook du blog, j'avais envie de vous offrir un petit quelque chose. Et ce petit quelque chose c'est le roman l'Epouse hollandaise d'Eric McCormac, un coup de coeur qui m'avait totalement enchantée. En plus je rajoute une petite carte, et sûrement quelques sachets  de thé ou autres goodies. 

Mais comment faire pour participer et découvrir ce génialissime roman ? C'est tout simple, déjà, aimer la page Facebook du blog, parce que plus on est de fous plus on lit, et m'envoyer un petit mail à l'adresse suivante : etenplusellelit@gmail.com en me précisant l'objet de votre mail, et en me disant comment vous avez connu ce blog. Ensuite je prends en compte votre participation et je tire au sort dimanche parmi les noms. Attention, c'est jusqu'au  samedi 31janvier  23h59 seulement ! 

Alors à tout vite ! 

Dimanche 25 janvier 2015 à 17:03

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 " Durant les jours qui suivent la naissance, Treadway devine l'existence d'un secret ; il lui suffit de mobiliser toute son attention, comme il le fait dans les bois, pour que la vérité sur l'enfant lui soit révélée. Il n'a nul besoin de le palper ou de l'examiner de près quand les autres ont le dos tourné. Quand il mobilise son attention dans le bois, c'est comme si son esprit s'ouvrait au monde, qu'il percevait les choses les choses de tout son être, ce qui lui permet de repérer des oiseaux, des caribous et des poissons qui passeraient inaperçus aux yeux de quiconque ne chasse pas et n'a pas cette clairvoyance. Il perçoit la présence d'un secret dans la maison comme il perçoit la présence du lagopède derrière lui dans la neige, et il décode la nature du secret, ses caractéristiques, tout comme il identifie l'espèce de l'oiseau avant même de tourner la tête. Il sait que le nouveau-né est à la fois fille et garçon, et qu'une décision doit être prise." 

http://www.etenplusellelit.fr/images/annabel.jpg La vie dans le Labrador est rude, les hivers sont terribles, les maris partent sur leurs lignes de trappe, les femmes restent à la maison à élever des enfants qui auront le choix, à l'adolescence, de suivre les traces de leurs parents ou bien de partir loin pour aller à l'université. Les villages sont petits, tout le monde se connaît, c'est un monde un peu figé qui vit au rythme de la nature sans qu'une ride ne vienne troubler la surface paisible de ces existences ordinaires. Mais parfois, un grain de sable vient se caler entre les rouages, menaçant l'équilibre précaire de vaciller. Ce grain de sable s'appelle Wayne, il est né dans les années soixante à Croydon Harbour. Il aurait pu s'appeler Annabel, car à la naissance, il était fille et garçon. Possédant les attributs des deux sexes, une décision a été prise, il sera garçon, il sera Wayne et le secret sera à jamais gardé par ses parents et la voisine présente à l'accouchement. Mais le secret prend racine et grandit en Wayne, sous la forme d'Annabel, part de lui-même indissociable. Annabel est ce moi qu'il ne comprend pas, cette jeune fille qui crie sous ces muscles masculins, cette délicatesse que l'on gomme avec des hormones afin de la réduire au silence. 

Roman encensé par la critique et les libraires au moment de sa sortie, je n'avais pas encore osé aborder Annabel, peut-être par désamour de la couverture, ou peut-être par peur de passer à côté de quelque chose de beau. Quand un livre est porté aux nues, j'ai toujours une réticence à m'y plonger, de peur de ne pas y trouver ce qui a tant transporté les autres. Lors de sa sortie en livre de poche, j'ai sauté dessus et l'ai intégré à ma PAL ainsi qu'à mon Challenge Cold Winter. Je n'ai pas été déçue, j'ai au contraire été très touchée par ce roman d'une intense sensibilité, vibrant en accord avec la nature, avec les saisons, les animaux, les éléments. J'ai ressenti des sentiments très forts, notamment lors de la dernière partie du roman, qui m'a mise très mal à l'aise, non pas de par la transformation de Wayne, mais plutôt par le caractère anxiogène de la ville qui l'accueille. 

Kathleen Winter a réussi quelque chose de grand, réussir à nous montrer, sans préjugés, sans clichés, sans pathos, la vie d'un garçon né hermaphrodite, dans une petite communauté canadienne à la fin des années soixante. Dans une époque où l'on connaît assez mal, médicalement parlant, les conséquences des opérations sur les nouveaux-nés hermaphrodites, le destin de Wayne résulte des expériences de chirurgiens qui jouent aux apprentis sorciers, qui scellent des vagins sans se demander si les ovaires fonctionneront un jour, qui basent leur choix uniquement sur la longueur d'un pénis/clitoris. Plus d'une certaine taille, c'est un garçon, moins, c'est une fille, un choix doit être fait on ne laisse pas de place à l'entre-deux. Et cette dualité est très bien rendue par l'auteur. On oscille avec Wayne à travers la découverte de son corps, de sa personnalité, de ses envies. 

Les personnages entourant Wayne sont complets, si humainement complexes, contradictoires parfois, animés d'une volonté de bien faire, de suivre leurs valeurs morales ou bien rongés par leurs deuils incomplets. Je vous invite à prendre le temps de découvrir Wayne, et cette Annabel qui se niche au creux de lui. Je ne veux pas trop en dire, car finalement, il ne se passe pas énormément de choses dans ce roman, c'est le fil de la vie que l'on déroule, et avec lui les peurs, les doutes, les incertitudes, les secrets des uns et des autres. On suit Wayne, de sa naissance à sa vie de jeune adulte, ce qui se passe entre temps est porteur de magnifiques moments comme de périodes sombres et parfois à la limite du désespoir. Le lien entre tout ça, la sensibilité, la finesse, la délicatesse. 

Et je vous invite également à écouter cette chanson de Goldfrapp, inspirée du roman, et dont le clip est superbe.
 

 
Kathleen Winter. Annabel. 10/18, 2014. 470p. 

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