Jeudi 3 avril 2014 à 20:12

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Ce voyage sera ... Mortel... 

" Pour des raisons de sécurité, la NASA avait décidé que les trois adolescents tirés au sort devraient avoir quatorze ans révolus mais ne pourraient pas être âgés de plus de dix-huit ans. Ils devraient mesurer entre un mètre soixante et un mètre quatre-vingt-douze et passer les examens tant physiques que psychologiques chez un clinicien certifié de leur ville de résidence afin d'obtenir  un certificat médical d'aptitude en règle. La totalité des candidats devrait en outre  bénéficier d'une acuité visuelle quasi parfaite, ne pas présenter d'anomalies dans la vision des couleurs et avoir une pression artérielle en position assise qui ne dépasserait pas 140 pour 90. Sans oublier, bien sûr, les batteries de tests et les entraînements auxquels seraient ensuite soumis les trois heureux élus. "

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/1508997860542513971579656212555n.jpgIls s'appellent Mia, Midori et Antoine. Ils ne se connaissent pas, vivent chacun à un bout de la planète, et s'apprêtent à passer les prochains mois ensemble, dans une aventure hors du commun. Parmi les milliers de participants, ils ont été tirés au sort afin d'effectuer ce dont tous les adolescents rêvaient : effectuer un voyage sur la Lune. Pendant 172 heures, ils vont évoluer sur une base spatiale aménagée dans les années 70 : DARLAH 2. Le but de l'expédition est assez peu clair, mais peu importe, c'est déjà suffisamment excitant d'aller sur la Lune. Mais tous les trois, la veille de leur départ pour Houston, vont vivre une expérience étrange, inquiétante, leur déconseillant de quitter la terre ferme. Qu'importe, leur rêve ne souffrira aucune annulation. S'ils avaient su. S'ils avaient pesé le pour et le contre, s'ils s'étaient fiés aux signes, à leur intuition. Car la Lune n'est peut-être pas aussi déserte qu'on le prétend. Et si les astronautes les accompagnant avaient une vague idée de ce que l'on peut trouver là-haut ? Et s'ils n'étaient pas supposés retourner sur la Lune ? Sur la Lune, personne ne vous entend crier... 

Pourtant peu attirée par le sujet, j'ai été très agréablement surprise par ce roman angoissant à souhait. L'ambiance monte en tension au fil des chapitres, avant même que la fusée n'ait décollé. Que ce soit les bribes de conversations de la NASA qui ne laissent rien présager de bon, ou la réaction instinctive et violente d'un ancien agent, atteint d'Alzheimer, qui assiste à un désastre programmé depuis sa maison de retraite, on sent rapidement que rien ne va se passer comme prévu. 

L'auteur délaie le départ, et permet au lecteur de se familiariser avec les personnage, de rendre encore plus fort tout ce qu'ils laissent sur Terre. L'alternance de points de vue donne un rythme au récit, car les adolescents sont loin de se ressembler, et n'ont pas du tout les mêmes préoccupations. Une fois l'alunissage effectué, tout change. Le décor, déjà se fait quasi apocalyptique. Tout est gris, silencieux, calme à souhait ou oppressant, selon la situation. Et tout dérape assez rapidement, entraînant le lecteur dans une course contre la montre. Tout est lié à l'arrêt du générateur d'oxygène, à l'autonomie des bouteilles d'oxygène. 

Sur la Lune, on meurt pour de vrai, sans préambule. La mort s'impose brutalement, de manière déstabilisante, ce qui contribue à amplifier l'angoisse. Tout est fait pour ressentir l'impuissance et la peur des personnages, et ça fonctionne très bien. Et loin d'être un roman d'apprentissage, 172 heures sur la Lune n'a pas vocation de rassurer, de ne faire qu'une demi-frayeur à son lecteur. On aimerait se tromper, on se trompe, on est baladés, la mayonnaise prend, on tourne les pages frénétiquement dans l'espérance d'un apaisement final qui ne vient jamais. 

Fantastique sans sombrer dans quelque chose de trop obscur, on est plutôt dans un très bon roman d'aventures qui fait froid dans le dos.172 heures sur la Lune, c'est le roman à dévorer sous sa couette avec une lampe de poche, celui qui réveille les monstres sous le lit et vous envoie dans l'espace pour une ballade tragique. Alors, prêt à partir ? 

Johan Harstad. 172 heures sur la Lune. Albin Michel, 2013. 478p.



Dimanche 23 février 2014 à 8:48

 


" Coyle s'accroupit pour se cramponner au corps et le hale vers les marais, progressant d'abord à reculons, puis il change de côté et le fait rouler vers le bord en s'aidant de ses mains. Les yeux vitreux se révulsent une dernière fois avant de sombrer dans le noir linceul liquide. Il donne une poussée avec sa jambe, regarde le dôme du crâne jeter une faible lueur, happé par ce néant aquatique. Coyle est toujours là, attendant que la dépouille ait disparu, quand il avise une botte, une seule botte remontée des profondeurs comme pour l'appeler." 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv3/9782226256072g.jpg Dans l'Irlande du XIXème siècle, les propriétaires terriens ont tous les droits concernant les paysans vivant sur leurs terres, et expulser des familles n'est pas vraiment un problème. C'est le cas de la famille Coyle, chassée sur un coup de tête car Mr Hamilton, le maître de séant, a décidé qu'il en serait ainsi, sans aucune autre raison. Sur un coup de colère, Coll, le père de cette famille tombée en disgrâce, rudoie le fils du propriétaire qui succombe à une chute malheureuse. Obligé de fuir, de se cacher pour ne pas être pendu, Coll Coyle est contraint d'abandonner sa famille et de vivre en fugitif. Faller, l'homme de main d'Hamilton, est bien décidé à le retrouver, même s'il doit pour cela aller jusqu'au bout du monde. Et justement, en embarquant sur le premier bateau prenant des passagers, c'est vers l'Amérique que Coyle pense échapper à sa ruine. Mais le sort que lui réserve le continent plein de promesses est peut-être encore pire que la traque de tout une vie. Et qu'importe la distance, l'Irlande continue de rester présente à son esprit, et vivant l'espoir de rentrer un jour chez lui. 

Ce roman débute dans une atmosphère incroyable. L'Irlande du XIXème siècle y est présentée sous son aspect le plus rude, mais aussi le plus beau. L'auteur accorde une place prépondérante à la nature, aux éléments, aux animaux. Le contexte social est vite brossé, une lutte des classes, l'oppression des faibles par les propriétaires terriens et la misère du quotidien sont au coeur du drame initial de ce roman. Le personnage principal, Coyle, acculé à une mort certaine, doit fuir sa famille, fuir sa terre. Et la terre n'est pas une mince affaire pour les irlandais, Paul Lynch le montre tout au long de l'histoire. En Amérique, le lien à l'Irlande, aux racines est extrêmement important.

Pourtant, ce roman présente quelques longueurs, une mise en route parfois délayée à l'extrême. A moins que la quatrième de couverture n'en dise un peu trop. Le départ pour l'Amérique y est mentionné, et l'on s'attend à ce qu'il ait lieu assez rapidement, or ce n'est pas le cas. Par conséquent, la première partie en Irlande finit par s'essouffler un peu. Toutefois, les rebondissements qui accompagnent notre héros (malgré lui) donnent un rythme à l'histoire.

La dualité des deux personnages qui se poursuivent est très intéressante. Faller, l'homme de main des Hamilton, prêt à partir au bout du monde, est un homme sans aucune pitié, cruel presque pour le plaisir, indifférent aux émotions. Se sortant de nombreuses situations délicates, il est presque plus héroïque que le héros, il pique la curiosité et l'admiration, et pourtant, c'est un méchant, on ne peut l'aimer. Cette course poursuite aux tours parfois épiques, proches d'un bon western, se solde par une fin vaine, médiocre, reflet des espoirs déçus.

Je me rends compte qu'il y a beaucoup à dire sur ce premier roman qui n'a peut-être pas été un coup de coeur, mais possède de beaux atouts, notamment une écriture très poétique. Petit bémol, l'auteur aime à changer de sujet à différents paragraphes d'intervalle sans vraiment préciser de qui il parle à présent, ce qui crée de nombreuses confusions. Et puis certains personnages mériteraient d'être approfondis, Le vieux Hamilton et la femme de Coyle, notamment. On sent autour d'eux des mystères, de vieilles histoires que l'on voudrait connaître et qui restent sans explication. Pour un premier roman, Paul Lynch s'en sort bien et plante surtout les graines d'une veine littéraire intéressante, à poursuivre et à creuser.


Paul Lynch. Un ciel rouge, le matin. Albin Michel, 2014. 288p. 

Lundi 29 avril 2013 à 9:03

 L'Eternel - Joann Sfar 

" - On est dans le troupeau d'Israël depuis trente siècles, alors tu ne peux pas me suspecter d'ourdir contre notre lignée des complots dépréciatifs ! Mais regarde le sérieux de cette fille ! Il faut éviter les juives, c'est pourtant simple.
- Elle me plaît. Je t'écoute pas. 
- Elle a les yeux du père. Son père, ton père. Tous ceux qui nous les ont brisées depuis toujours avec "croissez et multipliez". Tu la vois, tu débandes, parce que tu penses qu'en la baisant tu rends les parents heureux. Tu peux baiser, toi, avec toute la famille qui applaudit ? Tu as vu sa tribu, des luthiers de père en fils qui font des prières en vernissant leurs instruments, à se demander si on a le droit de faire danser des gens en jouant là-dessus ?" 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/9782226246851g.jpgIonas n'a pas grand chose à voir avec son frère Caïn, si ce n'est une sorte de fierté à faire la guerre. Caïn est plutôt du genre à trousser la première paysanne qui passe, alors que Ionas a juré fidélité et amour à Hiéléna, qu'il épousera dès la fin de la guerre. Sauf que l'histoire ne va pas du tout se passer comme ça. Lors d'une bataille, Ionas meurt. Caïn se rend chez Hiéléna pour lui annoncer la nouvelle, la trouve finalement ravissante, et pour honorer la mémoire de son frère, l'épouse. Joann Sfar l'écrit "Les morts reviennent sur terre quand on leur brise le coeur". Ionas, un peu moins fringuant que lorsqu'il était en vie, part en quête de sa bien aimée. Lorsqu'un impérieux besoin de mordre le premier venu l'empêche d'aller plus loin. Rapidement, il comprend qu'il est devenu vampire, qu'il ne contrôle pas tout à fait ses accès de colère et ses appétits, et que la plupart du temps, il laisse un carnage derrière lui sans même prendre la peine de nettoyer. Et le pire, c'est qu'il n'est pas seul. Haydée, l'ancienne fiancée de Caïn, pourtant trépassée elle aussi, a décidé de se venger et de récupérer son amant. Ionas a décidément beaucoup trop de choses à gérer pour un mort, alors si en plus se rajoute une culpabilité toute juive à tuer des gens, il ne lui reste plus que la psychanalyse. 

Après avoir entendu Joann Sfar à la Grande Librairie, j'avais très envie de lire L'Eternel. L'humour de l'auteur et sa manière décalée de traiter le sujet avaient tout pour me plaire. J'ai retrouvé l'humour tout au long de ce roman, même si je n'ai pas été totalement convaincue par ce roman. 

Le roman est divisé en deux parties, une qui se situe au début du XXème siècle, et une qui se déroule de nos jours. Le lien entre les deux parties n'apparaît vraiment qu'à la fin du roman, ce qui m'a laissée assez perplexe pendant un moment. La première partie nous parle de Ionas lorsqu'il est encore à Odessa, et la seconde l'amène à Brooklyn. Tout au long du roman, j'ai apprécié l'humour de Joann Sfar, le côté absurde qu'il donne à chaque situation, sa manière de rendre des détails absolument essentiels. C'est un texte très visuel, qui pourrait très bien passer en lecture à voix haute ou sur un autre support. 

Le mythe du vampire est repris, mais l'auteur brise les codes, puisque ce vampire est avant tout juif, et que cela lui pose de graves problèmes de conscience. Le roman est très centré autour de la judéité des personnages, de tout les interdits que la religion leur pose, de la question des rites, de la mémoire, de la culpabilité permanente. Joann Sfar apporte beaucoup d'autodérision, d'humour à la question de la religion, bien que l'on sente que ces questions sont réellement présentes chez lui. 

On s'attache assez facilement au personnage de Ionas, complètement perturbé par ce retour à la non-vie, cette nécessité de tuer, son impuissance à agir face à son amour perdu. Il est en pleine crise existentielle, voudrait massacrer la moitié de la planète mais ne se résout qu'à mordre d'une seule dent ses victimes, à ne jamais les tuer... On croise une psychanalyste veuve de rock-star, un loup-dragou dont les symptômes font forcément sourire, une mandragore amoureuse, un antique Lovecraft vivant reclus dans son appartement avec un homme poisson. En bref, on voit tout et n'importe quoi, mais Joann Sfar réussit à nous prouver que c'est tout à fait normal. 

Malgré ces beaux éléments, ce roman n'a pas réussi à me convaincre totalement. J'ai trouvé qu'il y avait des longueurs dans certaines parties, notamment la première, que l'on tournait parfois en rond. Ce qui est dommage, car une écriture un peu plus efficace aurait mis en valeur le style, l'humour. De plus, bien que Joann Sfar ne soit pas un novice de l'écriture, on sent que c'est un premier roman, avec les maladresses qui l'accompagnent. L'héritage de la BD se sent, certaines scènes vont très vite, alors que l'on aimerait des explications, que ce soit un peu moins expéditif (au contraire d'autres qui traînent un peu en longueur). Mais dans l'ensemble, j'ai passé un moment sympathique avec Ionas, Haydée, Rebecka et Hiéléna. 

Pour le classement, j'ai décidé de le mettre en Fantastique, car les thèmes abordés dépassent largement le cadre simple de la littérature française. 


Joann Sfar. L'Eternel. Albin Michel, 2013. 454p. 

Jeudi 24 janvier 2013 à 22:10

 Le Diable, tout le temps - Donald Ray Pollock 

" Pendant longtemps, Arvin pensa souvent à cette journée comme à la meilleure qu'il ait passée avec son père. Ce soir-là, après dîner, il suivit à nouveau Willard au tronc à prières. Quand il y arrivèrent, la lune se levait, rondelle de vieil os piquété de trous, accompagnée d'une unique étoile scintillante. Ils s'agenouillèrent et Arvin jeta un coup d'oeil aux jointures écorchées de son père. Quand elle avait posé la question, Willard avait dit à Charlotte qu'il s'était fait mal à la main en changeant un pneu. C'était la première fois qu'Arvin entendait son père mentir, mais il était certain que Dieu lui pardonnerait. Dans l'obscurité envahissant les bois silencieux, les sons qui montaient du vallon, ce soir-là, étaient particulièrement clairs. En bas, au Bull Pen, les claquements des fers à cheval contre les piquets de métal faisaient comme un bruit de cloches, et les cris et les huées rappelaient à l'enfant le chasseur ensanglanté allongé dans la boue." 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv3/DonaldRayPollockLediabletoutletemps.jpgWillard Russell est rentré de la guerre après avoir vu des atrocités qui auraient pu lui faire perdre foi en Dieu. Mais en rencontrant Charlotte, la femme de sa vie, l'unique, la lumière sur sa route, il se réconcilie un peu avec le divin, voire même un peu trop. Lorsque Charlotte tombe malade, Willard est prêt à tout pour la sauver, même à plonger dans la religion en y emportant son fils, Arvin, encore très jeune. Rien ne sera épargné au jeune garçon, que l'on retrouvera quelques années plus tard, dans un rapport tout aussi conflictuel avec la question de la foi. Carl et Sandy font partie de ces misérables qu'un peu d'argent jette sur la route en quête d'un peu de frisson. Mais leur extase est macabre, et les jeunes gens qui croisent leur route regretteront d'avoir fait du stop, s'il s'en sortent. Roy et Theodore prêchent la foi de manière assez spéciale, à coup d'insectes avalés pour vaincre la peur et de chants accompagnés à la guitare, à travers le Sud des Etats-Unis. Et malheureusement il n'est pas bon de vouloir se faire une place dans ce binôme, surtout s'il on est une femme. Tous ces personnages au destin trouble mais malheureux vont se croiser au fil des années, se côtoyer et souvent régler leurs comptes, de vieilles histoires presque aussi enterrées que tous les cadavres qui jonchent cette histoire. 

Voilà un roman que l'on peut directement qualifier de coup de coeur. Attention toutefois, il faut le coeur bien accroché pour s'y frotter. On entre directement dans un univers violent, sale et dépouillé de toute humanité. C'est l'après seconde guerre mondiale, les villages de fermiers, où tout un chacun se promène avec son arme à la ceinture. Il y a une ambiance de cow-boy, mais de ceux qui sentent la sueur, le tabac froid et la crasse. Les histoires de ces personnages sont toutes plus tragiques, sombres, répugnantes les unes que les autres, et il n'y a peut-être qu'Arvin qui puisse être sauvé de cette fatalité du dégoût de soi. L'auteur a réussi à capter un cliché de la face la plus sombre de l'homme, une photographie pleine de poussière et de graisse. L'Homme et ses vices, l'Homme et ses pulsions, ses faiblesses, ses pêchés, ses crimes. Il y a une atmosphère malsaine qui se dégage de ce livre, mais dans laquelle on aime rentrer, tellement le style de l'auteur glisse, emporte le lecteur pendant des centaines de pages sans qu'il s'en rende compte. Avec une écriture visuelle, parfois poétique et souvent assez crue, Donald Ray Pollock nous fait voyager en Ohio, en Virginie Occidentale, avec ces hommes et ces femmes accablés par la vie, par la mort le plus souvent. Car on meurt beaucoup en Ohio, qu'on l'ait cherché avec des pulsions malsaines, vicieuses, ou tout simplement parce que l'on était là, au mauvais endroit, au mauvais moment. J'ai aimé ce livre parce qu'il avait un goût de terre, de grands espaces dont on rêve à l'intérieur des dinings et des motels miteux. C'est l'immensité de la nature, la splendeur des grands espaces au service des rêves minables et ridicules des hommes. 

Alors jetez-vous sur Le Diable, tout le temps, si vous avez les tripes, si vous voulez sentir l'odeur du whisky et des corps que lavés trop rarement, le tabac à chiquer et la poudre des balles, si vous voulez sentir la chaleur du soleil du Sud sur le capot des pick-ups. Et lisez-le, juste parce qu'il vaut la peine que l'on s'y arrête. 


Et encore un grand merci aux Editions
Albin Michel ( et à Jeanne la Merveilleuse) pour m'avoir envoyé ce livre et permis cette formidable découverte. 


Donald Ray Pollock. Le Diable, tout le temps. Albin Michel, 2012. 369p. 

Mercredi 13 juin 2012 à 9:21


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Barbe bleue - Amélie Nothomb

" -Ceci est l'entrée de la chambre noire, où je développe mes photos. Elle n'est pas fermée à clef, question de confiance. Il va de soi que cette pièce est interdite. Si vous y pénétriez, je le saurais et il vous en cuirait.
Saturnine se tut.
- Sinon, vous pouvez aller partout. Avez-vous des questions?
- Dois-je signer un contrat ?
- Vous verrez cela avec mon secrétaire, l'excellent Hilarion Grivelan.
-Quand puis-je m'installer ?
-Dès maintenant." 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/9782226242969.jpg Lorsque Saturnine, jeune femme débarquée de sa Belgique natale, trouve une annonce pour une colocation dans un immense appartement à un prix dérisoire, elle ne se pose pas de question. Elle fonce. Arrivée dans la salle d'attente de don Elemirio, une quinzaine de femmes attendent. Mais elles ne sont pas là pour la colocation. Elles sont là pour voir celui que personne n'a jamais vu, car il ne sort jamais de chez lui, et qui traîne derrière lui une étrange réputation. Les huit colocataires précédentes auraient toutes disparues dans d'étranges circonstances. Saturnine ne croit pas un mot de ces ragots, et s'installe tout de même chez cet homme étrange. Champagne, caviar, vodka... Rien n'est refusé à Saturnine, qui a du mal à comprendre comment l'on peut vivre dans autant de luxe. Petit à petit, elle va réussir à faire parler son mutique interlocuteur, et va essayer d'en apprendre plus sur ces femmes, sur leur disparition. La chambre noire semble receler un mystère sordide, puisque chacune des huit femme à y être entrée y est morte. Saturnine refuse de se laisser avoir par la peur, mais aussi par l'amour qui semble s'instiller en elle et veut découvrir la vérité en faisant appel à son objectivité et en n'épargnant pas son étrange colocataire.

Encore une fois, Amélie Nothomb nous offre une thématique où il y a beaucoup à dire. Reprendre Barbe Bleue, ce n'est pas rien, le transposer aujourd'hui, en tissant une trame autour de la disparition de  ces femmes, c'est une idée que j'apprécie. Les dialogues omniprésents dans ce roman rappelleront aux lecteurs assidus de l'auteur son premier roman, Hygiène de l'assassin. Encore une fois, c'est au fil de ces échanges avec don Elemirion que Saturnine va avancer dans son idée. Et comme souvent chez Nothomb, c'est une idée assez macabre, loufoque et incroyable. Au delà de la réécriture d'un conte, on sent bien l'idée (également présente dans le texte original) du secret de l'autre, du respect de l'intime. Cette pièce interdite, c'est la part de l'autre à laquelle on ne peut avoir accès, et briser ce secret peut souvent amener à la perte de la confiance, voire de la vie. La fin m'a moins touchée que les premiers romans d'Amélie Nothomb. J'ai trouvé que l'idée était très bonne, comme souvent avec elle, elle part avec des bases en or, mais elle pourrait aller plus loin dans son sujet, le pousser, histoire de déstabiliser encore plus le lecteur. Néanmoins, cela reste une lecture très agréable où l'on redécouvre les réels enjeux d'un conte lu quand on était enfant. Cela replace les choses dans un contexte actuel et ça fait du bien, ce petit grain de folie belge où tout devient fou dès que l'on boit du champagne. 


Amélie Nothomb. Barbe bleue. Albin Michel, 2012. 170p.

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