Lundi 29 juillet 2013 à 12:28

 Paper Towns - John Green

" The thing about Margo Roth Spiegelman is that really all I could ever do was let her talk, and then when she stopped talking encourage her to go on, due to the facts that 1. I was incontestably in love with her, and 2. She was absolutely unprecedented in every way, and 3. She never really asked me any questions, so the only way to avoid silence was to keep her talking.
And so in the parking lot of Publix she said, " So, right; I made you a list. If you have any questions, just call my cell. Listen, that reminds me, I took the liberty of putting some supplies in the back of the van earlier." 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/PaperTownspaperback.jpgQuentin Jacobsen a passé la plus grande partie de sa vie à vivre à côté de Margo Roth Spiegelman. Et à être follement amoureux d'elle, au passage. Mais au fil des années, ce qui était une belle amitié d'enfance s'est transformé en une indifférence inexplicable. Alors quand Margo apparaît à la fenêtre de Quentin en pleine nuit, en lui demandant de partir avec elle pour une expédition spéciale, Quentin est un peu surpris. Mais il n'hésite pas longtemps et les deux adolescents se retrouvent à exécuter un plan à la fois fou et dangereux afin de se venger de quelques personnes du lycée. au terme de cette soirée, ils sont plus proches que jamais. Le lendemain matin, Quentin n'a qu'une hâte, reparler à Margo de cette nuit incroyable, reprendre contact  avec elle, devenir son ami. Sauf que Margo n'est pas au lycée. Celle qui aimait tant les mystères en est devenu un elle-même, et a semé derrière elle quelques indices auquel Quentin va se raccrocher. Plus rien ne compte, les examens, le bal de promo, la cérémonie de remise de diplôme, son seul but maintenant, c'est de retrouver Margo. 

Après
Qui es-tu Alaska et Nos étoiles contraires, voici un autre roman de John Green, auteur que j'apprécie énormément. Comme dans la plupart de ses romans, on se retrouve au lycée, avec des adolescents aux relations complexes. Ici, Quentin est un garçon couvé par des parents psychologues. Il ne fait pas partie des ados populaires de son lycée, et a le malheur d'être le voisin de la fille la plus mystérieuse de la ville. Il est extrêmement attachant, même si son obsession pour Margo peut passer pour une forme de monomanie à la longue. Ses amis Radar et Ben sont également assez hauts en couleur, et l'humour de John Green rend cette amitié et ces relations absolument hilarantes la plupart du temps. 

Je commence à croire que John Green est passé maître dans l'art de cerner la psychologie adolescente, en évitant les écueils et les clichés. Il y a une réelle profondeur dans ses personnages, ils ne sont pas lisses et c'est ce qui donne au roman sa force. Les personnages secondaires sont tout aussi travaillés que les principaux et une attention particulière est donnée à chaque détail. Le personnage de Margo Roth Spiegelman m'a beaucoup fait penser à Alaska Young, dans Qui es-tu Alaska. Deux jeunes filles mystérieuses, populaires et à la fois très solitaires, complexes et difficiles à cerner. 

L'idée des "paper towns" est excellente, on débute le roman sans vraiment savoir ce que c'est, et plus on avance dans la lecture, plus tout fait sens. John Green met en place une intrigue prenante, avec des indices, de fausses pistes et des découvertes bouleversantes. Avec la disparition de Margo, tous les personnages vont se retrouver impliqués, et les dommages collatéraux vont les forcer à grandir, à mûrir. C'est un roman sur le passage à l'âge adulte, l'année charnière de la fin du lycée, des décisions concernant l'avenir. J'ai aimé les références littéraires disséminées par l'auteur dans le roman, notamment à propos de Walt Whitman, Emily Dickinson ... C'est un roman qui possède une grande poésie. 

Bien que je n'ai pas eu avec ce roman un coup de coeur comme j'avais pu en avoir avec Nos étoiles contraires, j'ai néanmoins passé un excellent moment avec ces personnages. J'ai été transportée par leur histoire, et par ce style inimitable de John Green, entre l'humour, la légèreté, et la tragédie. 

John Green. Paper Towns. Bloomsbury, 2010. 305p.



Dimanche 10 février 2013 à 19:04

 Qui es-tu Alaska ? - John Green 

" Elle avait le genre d'yeux à vous convaincre de la suivre aveuglément quoi qu'elle fasse. Et elle était non seulement belle, mais sexy, quand on voyait ses seins qui tendaient son débardeur, ses jambes galbées qui se balançaient d'avant en arrière sous la balancelle, ses tongs qui pendaient au bout de ses doigts de pied vernis en bleu vif. C'est à cet instant précis, entre le moment où je lui ai posé la question sur le labyrinthe et celui où elle m'a répondu, que je me suis rendu compte de l'importance des courbes, de ces milliers de creux par lesquels le corps d'une fille passe d'un endroit à un autre, du cou-de-pied à la cheville, au mollet, du mollet à la hanche, à la taille, aux seins, au cou, au nez qu'elle avait droit, au front, à l'épaule,  à la cambrure du dos, aux fesses, au etc. " 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/9782070695799.jpgMiles Halter a 16 ans lorsqu'il décide de quitter ses parents afin d'intégrer le campus de Culver Creek lors de sa rentrée en 1ère. Il y fait rapidement la connaissance de Chip, son camarade de chambre, aussi appelé "Le Colonel". Chip déteste la plupart des élèves de ce lycée, des adolescents bourrés de fric, ne vivant que pour les soirées du week end dans les immenses maisons de Papa/Maman. Il est également réputé depuis plusieurs années pour organiser les meilleures blagues de Culver Creek, sorte de coups-fourrés où la plupart des participants risquent l'exclusion. Miles va également faire la connaissance de Takumi, Lara, mais surtout .... Alaska Young. La mystérieuse, magnifique, drôle et terriblement sexy Alaska Young. Avec son caractère instable, ses sautes d'humeur et ses blessures enfouies, elle va faire tourner la tête de Miles, qui sera prêt à tout pour elle. C'est également l'entrée dans la vie adolescente, les soirées, l'alcool, les cigarettes, les règles que l'on enfreint, les vengeances entre élèves et la perspective d'en sortir un peu grandi. Peut-être est-ce l'occasion pour Miles de s'intéresser à autre chose qu'aux dernières paroles des personnes célèbres, et de plonger dans la vraie vie, quitte à mal maîtriser la chute. 

Après mon énorme coup de coeur pour
Nos étoiles contraires, j'étais bien décidée à en découvrir un peu plus sur les publications de John Green. Au vu des échos très positifs sur Qui es-tu Alaska ? je me suis décidée à me lancer dedans, et je pense que j'ai bien fait. John Green possède une écriture fluide qui rend n'importe quelle histoire totalement passionnante. Le personnage de Miles, un peu paumé, suivant les autres et n'ayant pas connu beaucoup de rapports amicaux, m'a fait penser à Charlie, de The Perks of Being a Wallflower. Il est ami avec des personnages très charismatiques, mais néanmoins extrêmement touchants, comme Chip. Alaska est une vraie énigme, je pense que n'importe quelle fille peut envier la fascination qu'elle provoque, mais en même temps, il y a tellement de zones d'ombre chez cette jeune fille, qu'on a envie de lui tendre la main, de l'aider. Le personnage qui m'a beaucoup touchée, c'est le Vieux, ce professeur fatigué, âgé, usé, terreur des étudiants, mais tellement concerné par leur vie, leur quête de sens. 
Comme beaucoup de romans d'apprentissage, les péripéties par lesquelles passent nos héros ne sont pas toujours très positives. Encore une fois, John Green s'attaque à un sujet sensible, douloureux, mais le fait très bien, sans trop en rajouter. Il y a beaucoup de nuances, ce qui fait toute la beauté et la poésie du roman. Les personnages d'adolescents ont rapidement tendance à être exagérés, mais là, tout est dosé, le plus conforme possible à la vie des adolescents américains en pension.
  La force de John Green, c'est de réaliser des dialogues où la répartie est primordiale. On assiste à des matchs entre les personnages, où fusent les jeux de mots, les attaques vénéneuses et les déclarations les plus romantiques. Alors on en redemande ! C'est encore une fois un coup de coeur pour ce roman d'apprentissage complet, où tous les thèmes qui nous préoccupent à l'adolescence sont magistralement traités : amour, amitié, deuil, vie en dehors du cocon familial, indépendance ... Tout y est, vous n'avez donc plus aucune excuse pour ne pas lire Qui es-tu Alaska ! 

John Green. Qui es-tu Alaska. Gallimard, pôle fiction filles, 2011. 

Mardi 5 février 2013 à 18:52

 Nos étoiles contraires - John Green 

" J'ai marché jusqu'au trottoir, laissant Augustus Waters derrière moi. C'est alors que j'ai entendu une voiture démarrer au bout de la rue. C'était ma mère. A tous les coups, elle avait attendu un peu plus loin, voyant que j'étais en train de me faire un ami ou je ne sais quoi.
J'ai senti monter en moi un mélange étrange de déception et de colère. Je n'aurais pas su dire quel était ce sentiment, mais il m'a submergée.J'avais envie de gifler Augustus Waters et aussi de faire remplacer mes poumons hors service par des poumons qui fonctionnent. J'attendais au bord du trottoir, ma bombonne d'oxygène comme un boulet dans son chariot à côté de moi, quand, au moment où ma mère tournait dans l'allée, j'ai senti une main prendre la mienne. " 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Nosetoilescontraires.jpgHazel Grace pourrait être une adolescente comme les autres, si elle ne devait pas traîner derrière elle sa bombonne d'oxygène comme un boulet. C'est à une réunion avec d'autres adolescents atteints de cancer qu'elle a rencontré Augustus Waters. Augustus a un ostéosarcome, et a troqué une de ses jambes contre une prothèse. Isaac, lui, va bientôt perdre son deuxième oeil, mais tout va bien tant que Monica restera auprès de lui. Hazel, elle, essaye de poursuivre sa scolarité, de lire toujours plus et de surtout pas trop sortir. Pour voir qui ? Pour faire quoi ? Elle ne s'intéresse pas aux garçons, elle ne veut pas. Elle ne peut pas. Elle ne peut pas être une grenade, une explosion de problèmes pour quelqu'un qui se serait attaché à elle. Pourtant, Augustus a bien l'intention d'apprivoiser cette grenade, grâce aux livres, à une bonne dose d'autodérision et une volonté de vivre la vie en géant. A eux deux, ils vont échafauder des plans afin de réaliser leur rêve : rencontrer un auteur vivant aux Pays-Bas, et essayer d'avoir, pour un temps, une vie normale, une vie où le cancer ne viendrait pas se mettre entre eux. 

Je ne savais pas à quoi m'attendre en commençant ce roman. Je trouvais que le sujet abordé était délicat, et pouvait être soit très bien traité, soit tomber dans un pathos à la limite de l'acceptable. Et ce fut une vraie surprise. John Green s'attaque à un thème difficile, mais nous met en scène des personnages extrêmement attachants, brillants, fins. Hazel est une jeune fille bourrée de failles, de défauts, de perte de confiance en elle, en son combat; Mais elle est aussi terriblement drôle, intelligente et consciente de ce qu'elle vit, de la nature de ce qu'elle est et ce qu'elle représente pour la société. Augustus, quant à lui, est un garçon charmeur, qui se plait à ne rien prendre trop au sérieux, mais ne veut surtout pas passer à côté de chaque moment intense qu'il pourra passer. John Green a su ne pas tomber dans le cliché, éviter les écueils. Malgré une trame narrative classique, une rencontre et un amour naissant entre deux adolescents, c'est tout le monde du cancer, de l'accompagnement des familles, des soignants, des organismes que l'auteur a décrit. On y rencontre des personnages fantasques, comme Peter Van Houten, cet auteur imbu de lui-même et totalement dépourvu de limite.

On voyage, des Etats-Unis à Amsterdam, de la maison de l'une au sous-sol de l'autre. On rit, parce que c'est terriblement drôle, que certains passages montrent une autodérision formidable. Et en même temps, on pleure, forcément. On pleure parce que l'on s'attache aux personnages, mais que leur maladie les condamne, à plus ou moins long terme. C'est un livre qui fait réfléchir, où l'on ressent des émotions très fortes, et qui donne envie d'appréhender le quotidien de manière différente. L'écriture de John Green m'a beaucoup touchée, cette manière d'expliquer assez simplement des choses douloureuses et parfois complexes, de schématiser également certains concepts. Il y a une certaine poésie, qui je pense est encore plus perceptible en version originale.
Ce n'est pas un livre  que je conseillerais à tout le monde ,car on est quand même baigné dans une atmosphère assez pesante. Mais c'est un roman très fort, qui provoque obligatoirement une réaction chez le lecteur. 


John Green. Nos étoiles contraires. Nathan, 2013. 323p. 

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